21/03/2021

KAI Aerospace prépare la présentation du prototype du KF-X !

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L’avionneur coréen KAI Aerospace présentera officiellement le premier prototype du KF-X en avril prochain. L’évènement sera historique pour le pays et l'industrie aérospatiale.

La Corée du Sud travaille sur le projet de développement d’un avion de combat de nouvelle génération depuis la fin de 2015 pour remplacer la flotte vieillissante d'avions McDonnell F-4 « Phantom » et Northrop F-5 de l'armée de l'air. Le KF-X est l'un des projets nationaux les plus importants pour remplacer les chasseurs actuels de l'armée de l'air et pour introduire le chasseur de prochaine génération qui peut satisfaire le concept d'opération du futur du champ de bataille. En outre, KAI travaille sur le développement de l'avionique, ainsi que sur le futur ordinateur de mission et de contrôle de vol. Le projet de développement est estimé à 7,9 milliards de dollars.

Pour une étude plus approfondie et un développement efficace, 16 universités, 11 laboratoires et 553 fournisseurs participent au projet KF-X et 100 ingénieurs de développement supplémentaires ont été embauchés. De son côté le motoriste américain General-Electric a livré les moteurs F414-GE-400K du chasseur KF-X. 

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Le calendrier :

Actuellement les ingénieurs sont occupés à apporter la touche finale à l'assemblage du modèle d'essai. Dans une couleur jaune-vert, le prototype du KF-X semblable à un avion furtif dans la conception sera peint en gris foncé avant son événement de présentation.

KAI Aerospace prévoit d'achever la construction de trois prototypes d'ici la fin de l'année et de conclure en assembler trois autres d'ici le premier semestre de l'année prochaine. Le premier test en vol est prévu pour 2022, l'ensemble du développement devant être achevé d'ici 2026.

Séparément, deux copies supplémentaires seront faites pour des tests au sol afin d'examiner la durabilité du jet et les éventuelles faiblesses de structure.

Tous les jets d'essai ont été conçus légèrement différemment pour effectuer divers tests. Certains sont monoplaces et les autres biplaces.

Une fois le développement terminé, 40 unités seront livrées à l'armée de l'air d'ici 2028 et 80 unités supplémentaires d'ici 2032. 

Priorité à la Corée du Sud :

L’Administration du programme d’acquisition de défense de la Corée du Sud (DAPA) a révélé son intention d’introduire une politique d’achat de matériel de défense qui donne officiellement la priorité à l’approvisionnement local par rapport aux importations.

La DAPA a déclaré que le programme « Buy Korea Defence » (BKD) était conforme aux objectifs de la loi sur le développement de l’industrie de la défense récemment introduite. Les détails du BKD, a-t-il déclaré, ont été présentés lors d'une réunion du 11 mars d'un nouveau conseil du DAPA mis en place pour faire adopter des réformes en vertu de la législation.

La DAPA a déclaré que la politique de BKD exigerait l'évaluation des avantages que les programmes locaux de recherche, de développement (R&D), de production et d'approvisionnement apporteraient à l'économie nationale.

La Corée du Sud a présenté des plans pour donner la priorité à l'acquisition de composants et de systèmes fabriqués localement sur des plates-formes clés telles que l'avion de combat KF-X. Il a ajouté : « Dans le cas des projets qui ne peuvent pas être décidés par des achats à l'étranger, la réglementation sera modifiée afin que les entreprises nationales doivent participer au processus d'appel d'offres».

Le KAI Aerospace KF-X

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Avec une charge utile maximale de 7’700 kilogrammes, le nouvel avion aura 10 nacelles pour missiles air-air et autres armes, capables de voler à 2’200 km/h avec une portée de 2’900 km.

Au départ du programme, le KF-X était classé comme un chasseur de la génération 4++ doté de capacités avioniques et de frappe améliorées. Mais, il va disposer de plusieurs caractéristiques de furtivité et des performances supérieures qui pourraient le rendre comparable avec un avion furtif de cinquième génération.

KAI a hésité à révéler avec précision le type de mécanisme de furtivité dont dispose le jet, mais sa section efficace radar (RCS) soit la principale mesure de furtivité sur les aéronefs militaires, ne mesure que 0,5 mètre carré (5,4 pieds carrés). 

KAI a conçu le fuselage du KFX pour qu’il ressemble à un jet furtif semblable au F-22 de Lockheed Martin. La plupart des capteurs sont situés à l'intérieur de l'avion, tandis que les quatre missiles air-air installés sur le KFX sont à moitié enfouis dans la partie centrale du fuselage. Il reste ainsi de la place dans l'avion pour l'installation d'une soute d'armes interne, élément caractéristique des chasseurs furtifs.

Mais, KAI ne veut pas sacrifier la maniabilité de l’avion, il sera capable d'effectuer des manœuvres serrées pour se comporter comme les meilleurs avions actuels. L’une des grandes difficultés de la Corée du Sud tient dans le développement d’un radar AESA pour le KF-X. En effet, le pays n’a pas d’expérience dans ce domaine. Près de 800 millions de dollars ont été investis dans le développement du radar AESA jusqu'en 2026. Un prototype du radar sera testé en Israël ce printemps, suivi d'un autre vol d'essai en Corée à partir de novembre prochain. À partir de 2023, il sera installé sur le prototype KFX pour une dernière série de tests qui devront mener le projet à maturité.

Le poids cible pour la KF-X était de 13 tonnes au début de la conception du projet en 2001, mais les concepteurs ont dû réduire de 500 kg supplémentaires pour tenir compte des ajouts futurs. 

Dans les usines de KAI à Sacheon dans le Gyeongsang du Sud, environ 1’250 chercheurs et ingénieurs travaillent d'arrache-pied au développement du KF-X. 

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Photos : 1 Le premier prototype en fin d’assemblage 2 image de synthèse du KF-X 3 Cockpit 4 Plan @ KAI Aerospace

 

19/03/2021

Préparation pour la mise à jour des EA-18G « Growler » !

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Boeing a lancé un programme de mise à jour destiné à la flotte d’avion de combat EA-18G « Growler » au Block II de l'US Navy. Un premier appareil a rejoint la Naval Air Station Whidbey Island pour y subir les modifications.

Les modifications sont axées sur la mise à jour de l'architecture des systèmes structurels et de mission de l’avion permettant une future croissance des capacités des quelques 160 « Growler » de la Marine. Les « Growler » jouent un rôle essentiel dans le brouillage des signaux radar et de communication des forces de la menace, désactivant leur capacité à détecter et à suivre les forces militaires américaines et alliées.

À la suite de l'attribution des contrats en octobre 2020 et février 2021 pour les matériaux et la main-d'œuvre, les travaux de modification comprennent diverses mises à niveau des systèmes de mission de l’avion. Le système de brouillage AN/ALQ-218 va recevoir des améliorations qui augmenteront sa communication avec les brouilleurs et récepteurs du Growler afin de permettre des capacités futures telles que le brouillage automatique des systèmes de radar et de communication ennemis rapidement une fois détectés. L'AN/ALQ-218 peut fonctionner sur les bandes RF 0, 1, 2 et bande 3, avec un radar pulsé et à ondes continues avec prise en charge des communications en option, tout en fournissant une identification d'émetteur spécifique. Il offre une mesure de fréquence fine améliorée pour supporter le brouillage électronique.

Des modifications supplémentaires permettront d'élargir le pipeline d'informations du « Growler » pour un transfert de données plus rapide et plus sécurisé vers d'autres aéronefs et plates-formes, ainsi que d'améliorer considérablement la vitesse de traitement des données. Boeing prépare également l’EA-18G afin qu’il puisse recevoir la nouvelle génération de brouilleurs en nacelle, soit le « Jammer Next Generation » pour remplacer les systèmes ALQ-99 utilisés sur les avions d’attaque électroniques aériens EA-18G. En 2016, l’US Navy a attribué à Raytheon un contrat d’ingénierie et de développement de fabrication (EMD) pour le brouilleur de nouvelle génération.

La nouvelle nacelle utilise les dernières technologies numériques, logicielles et à réseaux à balayage électronique actif, et fournira des capacités améliorées d'attaque électronique aéroportée pour perturber et dégrader les systèmes de défense aérienne et de communication terrestre ennemis.

Le calendrier du programme prévoit que tous les EA-18G « Growler » seront modifiés d’ici cinq ans. La modification complète devrait commencer en juin 2021.

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Le EA-18G « Growler » : 

L’EA-18G dispose du radar AN/APG-79 à antenne active (AESA) lui permettant non seulement d’être autonome en comparaison de son prédécesseur le EA-6B en mode air-air, mais intègre des possibilités de liaisons de données numériques et de brouillage dirigé indépendant du reste des systèmes embarqués.

Pour la lutte contre les défenses ennemies, l’EA-18G dispose de pod ALQ-99 de brouillage couplé à un système d’analyse à large spectre ALQ-218 lui permettant de différencier les types de radars (surveillances, poursuites, sol ou embarqué) et l’analyse des types de fréquences. Le système enregistre et répertorie l’ensemble des menaces pour permettre leur restitution sur un écran tactique, avec une plus grande précision que par le passé.

Les systèmes embarqués du « Growler » lui permettent d’agir sur trois modes tactiques :

- Reconnaissance électronique (analyse des diverses menaces, radar et missiles)

- Suppression des menaces connues et mémorisées selon un scénario prévu.

-  Réaction immédiate à l’engagement d’une nouvelle menace non répertoriée.

Du point de vue des communications, l’avion dispose du système AlQ-227 qui lui permet d’épier et de brouiller les communications adverses, en contrepartie le « Growler » dispose pour sa propre protection le nouveau concept INCANS qui améliore les communications et transferts de données à l’intérieur d’un groupe naval.

Capacités ECM :

-          Détection passive/active.

-          Analyse des menaces et classifications.

-          Brouillage actif, perturbation électronique (radar et communication).

-          Paralysie électronique avec des virus informatiques.

Capacités de tirs :

-          air-air (AIM-9X Sidewinder, AIM-120 AMRAAM,) 

-          Élimination de radars ennemis (AGM-88 HARM)

L’ensemble de ces possibilités offrent l’opportunité aux équipages du « Growler » de pouvoir participer directement à l’escorte d’un groupe d’attaque tout en étant susceptible de se défendre face à n’importe quelles menaces en vol.

Photos : 1 EA-18G @Peter Foster 2 Nouvelle nacelle de brouillage @ Rayhteon

 

 

 

 

18/03/2021

Les premiers F-16 taïwanais modernisés !

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Taïwan a achevé la modernisation de la première tranche de ses F-16 A/B. Au total se sont 42 appareils qui se trouvent au nouveau standard F-16V Block 70/72. Au total, se sont 142 appareils qui sont concernés par cette importante mise à jour. Le 17 mars, l'Armée de l'air de la République de Chine (RoCAF), a annoncé d'attribuer ces premiers avions à la 4e Escadre de chasse tactique à Chiayi dans le sud-ouest de Taiwan. Le chef de la RoCAF, le général de division Huang Chih-wei, a déclaré qu'une cérémonie officielle de remise et d'acceptation de l'avion nouvellement modernisé se tiendrait vers la fin du mois de mars.

Rappel :

L’iles de Taïwan met à niveau ses anciens F-16 à la norme F-16 Bock70/72 procède à l’acquisition de nouveaux appareils au même standard. La nouvelle de l'achèvement de la première tranche des mises à niveau du F-16V intervient deux ans et demi après la livraison du premier avion a la RoCAF par les partenaires de Lockheed Martin's Aerospace Industrial Development Corp (AIDC) en octobre 2018. Le projet a débuté en janvier 2017, les quatre premiers avions étant intronisés dans le programme de mise à niveau de l'usine AIDC de Taichung, dans le nord-ouest de Taïwan.

Cette mise à jour doit permettre une revalorisation des appareils de type F-16 A/B, afin, de combler le retard technologique vis-à-vis de l’imposant et menaçant voisin chinois. Celui-ci, a en effet sérieusement renforcé sa position avec la mise en ligne des Shenyang J-2 « Dragon Véloce » et l’arrivée des Shenyang J-11 (Sukhoi 27 chinois).

L'administration Trump a approuvé la vente du F-16V en août 2019, qui a ensuite été approuvée par le Congrès. En novembre, le Parlement de Taïwan a accepté le budget de 8,1 milliards de dollars, permettant au MND de signer l'accord. Le calendrier de livraison du programme, nommé en interne « Phoenix Soaring », prévoit que les deux premiers F-16V un monoplace et biplace soient livrés d'ici 2023 pour les tests initiaux, tandis que le dernier des 66 appareils être livré en 2026. La commande se décline ainsi :  56 des avions monoplaces et 10 biplaces.

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Les F-16 Block70/72 « Viper » taïwanais :

La modernisation des F-16 taïwanais comprend l’adjonction d’un nouveau radar de type AESA, soit le Northrop-Grumman APG-83 « Radar Scalable Agile Beam », une avionique modernisée, un cockpit tout écrans compatibles avec des lunettes de vision nocturne, une centrale de navigation GPS, un nouveau système de guerre électronique de type l’ALQ-176 couplé avec système de leurres ALQ-184 (V)7.  En matière de communication les appareils reçoivent de nouvelles radios numériques, ainsi qu’une liaison de donnée (Link16) améliorée « Theater Data Link », l’adjonction de la dernière version de la nacelle de désignation AN/AAQ-33 « Sniper », d’un nouveau système de navigation et de précision par GPS. L’avion est également doté du système automatique Ground Collision Avoidance (Auto GCAS).

Les pilotes disposent d’un viseur de casque permettant l’emploi du missile Raytheon AIM-9X « hyper véloce » en remplacement des AIM-9PM actuels.

Question motorisation, les moteurs Pratt & Whitney F100-PW-220 seront portés à la norme -229E plus puissant et permettant de réduire le temps de maintenance.
Concernant l’armement, les F-16 seront dotés en plus de l’AIM-9X de missiles AIM-120C7 AMRAAM et d’une variété d’armes guidées d’attaque au sol comme les bombes GBU-10 Enhanced Paveway II ou GBU-56 JDAM Laser.

Taiwan a reçu des missiles Raytheon AGM-84L « Harpoon » BlockII antinavire et du matériel connexe. Dont des unités de contrôle de guidage « Harpoon », 30 conteneurs, 30 pylônes de lancement, ainsi que des kits de configuration AGM-84G à AGM-84L.

On notera que la ROCAF ne précise pas si à l'avenir des réservoirs conformes seront installés. 

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Photos : 1 F-16 Block70/72 Viper @ Chinag Kuan-lun 2 F-16 en cours de mise à jour 3 F-16 Viper avec missile Harpoon @ TaïwanNation

 

15/03/2021

Le Nigéria commande le M-346 !

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L’avionneur italien Leonardo a remporté le contrat pour le renouvellement de la flotte d’avions école   de l’armée de l’air nigériane. Le contrat dont le montant est pour l’instant non communiqué porte sur 24 appareils. Selon l’avionneur, les premiers appareils seront livrés avant la fin de l’année.

Le nouvel appareil doit venir remplacer la flotte d’Alpha Jet en service. Leonardo, en partenariat avec l'armée de l'air italienne, vont gérer de la formation des pilotes de l'armée de l'air nigériane à l'École internationale de formation au pilotage de Galatina près Lecce et à la base aérienne de Decimomannu en Sardaigne.

Le M-346 devrait servir de formateur pour les futurs pilotes qui vont ensuite transiter vers le nouvel avion de combat du pays le PAC JF-17 « Thunder » commandé en 2018 à trois exemplaires. Cependant, une question reste ouverte concernant le modèle du M-346. En effet, les anciens Alpha Jet étaient notamment utilisés pour l’attaque au sol légère. Il se peut que la version choisie par le Nigéria puisse être le M-346FA au lieu du modèle de base M-346. Aucune précision n’est pour l’instant disponible à ce sujet.

Le Leonardo M-346 :

Le Leonardo (ex AleniaAermacchi) M-346 se présente comme un monoplan à aile delta construit essentiellement en alliage d’aluminium. L’empennage horizontal est entièrement mobile et l’appareil, biplace en tandem, repose sur un train d’atterrissage tricycle. Les deux Honeywell/ITEC F124-GA-200 de 2’880 kgp sont produits sous licence par Fiat-Avio. Le M-346 dispose d’un groupe auxiliaire de démarrage (APU) MicroturboRubis. Le cockpit est pressurisé et climatisé sous une verrière articulée à droite, doté de sièges éjectables « Zero-Zero » Martin-Baker Mk16D. Il dispose également d’un système embarqué de génération d’oxygène (OBOGS) éliminant le besoin de bouteilles, d’écrans multifonctions et d’un affichage HUD (Head Up Display), d’un équipement digital Fly-by-Wire programmable en fonction du niveau de l’élève ou simulant différents types d’avions. Un équipement de navigation à longue distance est prévu, ainsi que 3 points sous chaque aile pour une capacité de 1 800 kg et des rails en bout d’aile pour missiles air-air. Un bidon largable peut être emporté sous chaque aile, un bidon de convoyage sous le fuselage, et une perche de ravitaillement en vol est prévue en option.

Photo : M-346 italiens @ Aeonautica Militare

 

14/03/2021

Le SCAF aux soins intensifs ?

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Tout était si bien engagé en 2017 lors de la décision franco-allemande de lancer le développement conjoint de plusieurs systèmes d'armes dont un système de combat aérien européen, sous la direction des deux pays (SCAF). En 2018 Airbus et Dassault s’accordaient sur les principes du SCAF et en 2019 lors du Salon du Bourget, une maquette du futur avion était présentée avec une grande fierté. Mais voilà depuis, les choses se sont compliquées et le patient « SCAF » se retrouve aux soins intensifs.

La fin du SCAF ?

Rien n’est moins sûr, mais à l’évidence les profonds désaccords qui existent entre Dassault, Airbus, et les exigences de l’Allemagne et des Espagnols provoquent de sérieux doutes sur la continuité du programme SCAF à l’avenir, du moins dans sa forme actuelle.

Début mars, le président-directeur général de Dassault Aviation n’a pas mâché ses mots : « Je ne crois pas que le processus vital est engagé, mais je ne vais pas vous dire que le malade n'est pas dans un état difficile ». En ajoutant que de « grosses pommes de discordes persistent sur le partage des tâches, la place de l'Espagne, le pilotage du projet ou la propriété intellectuelle ». Pour autant, Eric Trappier travaille d’arrache-pied avec ses équipes pour tenter de sauver ce futur fleuron de l’industrie européenne.

Ce qui inquiète davantage aujourd’hui, concerne la phrase lancée par ce dernier : « Un chef d'entreprise a toujours en tête un plan B » ! Or, ce propos pourrait laisser penser qu’Eric Trappier ne croit plus véritablement dans un accord avec l’Allemagne et l’Espagne.

De quoi parle-t-on ?

L’accord triparties (Allemagne, France, Espagne) doit permettre de mettre en route les phases 1B les contrats industriels d'étude et 2B du programme, soit avec l'objectif d'un premier démonstrateur qui devrait voler à partir de 2026. Cette étape, que les trois partenaires espèrent boucler avant les échéances électorales de fin 2021 en Allemagne et de 2022 en France, doit se traduire par un investissement conséquent, de l'ordre de 9 milliards d'euros sur six ans qui se décline de la manière suivante : 3 milliards pour l'Allemagne, 3 milliards pour la France, et 2,75 milliards pour l'Espagne.

Les négociations entre les trois partenaires butent actuellement sur deux éléments :

  1.  La charge de travail entre Airbus et Dassault Aviation.
  2. La propriété intellectuelle.

Derrière ces deux points de discorde, il faut comprendre que Dassault Aviation est le maître d’oeuvre pour le New Generation Fighter (NGF) soit l’élément central sur lequel le système SCAF reposera. Mais en Allemagne, des pressions exigent que ce dernier développe sont propres NGF. Deux démonstrateurs NGF pour un SCAF ? Certes, cela pourrait permettre de sélectionner le meilleur de deux. Un peu à la manière de ce que pratiquent les États-Unis avec Boeing et Lockheed Martin. Cependant, il y a un risque que des différences apparaissent et mettent en péril tout le projet.

D’autres divergences existent notamment sur la motorisation du prototype du NGF. Safran qui est maître d’œuvre avec MTU désire proposer un nouveau moteur. Mais en Espagne, on propose d’installer l’EJ200 de l’Eurofighter. Une perte de temps pour Safran. Et puis il y a le choix de l’espagnol Indra comme maître d’œuvre en ce qui concerne le développement du radar et des capteurs du SCAF avec Thales et Hensoldt. Un choix fortement critiqué, car pour beaucoup la société espagnole Indra n’a pas l’expérience de Thales.

Concernant la propriété intellectuelle Eric Tappier a très justement déclaré : « Donner notre savoir-faire aux Allemands et aux Espagnols ce n'est pas possible. Si on donne notre background aujourd'hui parce que j'estime que la confiance s'est instaurée sur un programme de long terme, ça marche, mais si je le donne et que dans deux ans il n'y a plus de programme, comment serais-je protégé face à la concurrence ».

Quel avenir pour le SCAF ?

On le voit la pomme de la discorde est particulièrement grosse et le travail pour finalement décrocher un accord reste complexe. D’autant que ce dernier échoue il faudra à Eric Trapier mettre en place son plan B. Rejoindre le Tempest des britanniques semble exclut, tant ce dernier est déjà en avance. Les places sont déjà occupées avec les italiens et les suédois. Trouver un autre partenaire semble quasiment impossible. Reste un développement français, Dassault sait le faire. Mais il faudra probablement travailler avec des sociétés étrangères pour diversifiés l’intérêt des futurs acheteurs.

Photo : maquette du SCAF au Bourget @ Dassault