04/12/2021

Le F-35, à quel prix ?

 

 
 

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Dans un souci de transparence, le Département de la Défense (DDPS) a publié dernièrement un communiqué de presse concernant les contrats ayant attrait au programme d’acquisition du F-35. La réalisation du document a suscité de nombreuses réactions et il convient de revenir de manière factuelle pour en expliquer les détails, l’occasion également de revenir sur la question des affaires compensatoires dans un second temps

Le 30 juin dernier, notre ministre de la Défense a annoncé l’achat de 36 avions de combat pour un montant de CHF 5,091 milliards, soit un chiffre très inférieur au budget disponible qui s’élève à CHF 6,3 milliards. Dans le cadre du contrat, le DDPS, en collaboration avec le Département des Finances, a annoncé un crédit d’engagement de CHF 6,035 milliards.

Pourquoi cette différence ?

Le prix de base du programme F-35 reste le même soit CHF 5.091 milliards, qui est garanti par le gouvernement Américain(Foreign Military Sales), par contre, il faut prendre en compte le taux de change en dollar US et l’éventuel inflation. L’acquisition s’étendant sur plusieurs années, il faut donc calculer les plafonds des variables avec une marge de sécurité vers le haut.

Avec un taux de change élevé à 0,95 francs (moyenne en 2021 = 0,88 francs) et un plafond ajusté de l’inflation au plus haut, on se garde de toute mauvaise surprise. S’il s’avère que ses deux variables devaient plafonner au maximum, le prix final resterait dans le budget prévu. A l’inverse, un taux de change bas et une inflation contenue contribueront à une baisse du prix global ! D’autres acquisitions par le passé ont montré que le plafond des taux de change et de l’inflation n’avaient, au final, jamais été atteint.

Avec un autre appareil ?

Avec un avion européen, le prix de base serait au minimum de CHF 6 milliards avec un taux de change en EURO, plus la prise en compte de l’inflation, soit un budget approchant les 7 milliards de nos francs, voir bien plus. Avec cette option, il se produirait un excédent financier qui dépasserait largement notre portefeuille.

Possible baisse du prix

La commande helvétique de 36 avions sera transmise au Département d’État américain et celle-ci a de grande chance d’être cumulée avec d’autres commandes (US et étrangères). Ce cumul de plusieurs appareils pourra dans cette forte éventualité faire baisser le prix unitaire des appareils. Il pourrait donc en résulter une baisse du prix pour le contribuable.

En ce qui concerne le système sol-air Patriot, on prend également un taux de change large à 0,95 francs. La réalisation de ce dernier étant plus courte, les risques de fluctuations des variables sont presque inexistants.

Affaires compensatoires non respectées 

Les propositions d’affaires compensatoires sont en constant développement. L’obligation de compenser 60 % de la valeur de la commande doit être remplie dans son intégralité au plus tard quatre ans après la dernière livraison et en tenant compte de la clé de répartition suivante : 65 % pour la Suisse alémanique, 30 % pour la Suisse romande et 5 % pour la Suisse italienne.

Si, Lockheed Martin ne peut satisfaire à 100% les demandes de compensation, une clause de contrainte sera engagée. L’avionneur devra compenser le montant non atteint avec une proposition de rechange comme une baisse de prix, la livraison de pièces détachées et/ou de cellules d’avions.  Un cumul des trois est parfaitement envisageable.

Gare à la communication 

En termes de communication, le DDPS travaille à la transparence du dossier. Malheureusement, certains communiqués sont parfois rédigés de manière peu accessible pour le commun des mortels. Un travail de vulgarisation serait donc opportun à l’avenir, de même que de passer à l’offensive à travers les différents médias et autres réseaux sociaux disponibles.

On remarque également que la défensive n’est plus d’actualité et qu’il faut plutôt de la réactivité, du « Punch » et non pas uniquement mentionner les « Fake News » sur le site web du DDPS.

En parallèle, il est fort dommageable de constater que certains médias suisses ou étrangers soient dans l’incapacité d’additionner 2 + 2 et que nous naviguons visiblement entre une certaine incompétence et d’une volonté de nuisance avérée.

NON le prix de base ne change pas !

Le manque à gagner en Offsets est obligatoirement compenser par l’avionneur.