17/12/2020

L’IA à bord d’un U2 !

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L'US Air Force a testé en vol pour la première fois un Lockheed Martin U-2 « Dragon Lady » doté d’une aide tactique à base d’un algorithme d'intelligence artificielle (IA). L’essai devait démontrer les capacités de l’AI à travailler en tant que binôme avec un pilote humain. 

Le pilote humain a piloté l'avion affecté à la 9e Escadre de reconnaissance à Beale AFB en Californie, tandis que l'algorithme AI nommé « ARTUµ » a conduit l'utilisation du capteur, la navigation tactique et coordonné avec le pilote une mission de reconnaissance lors d'une simulation de frappe de missile. Après le décollage, ARTUµ a pris le contrôle du capteur et a été chargé de trouver des lanceurs ennemis, tandis que le pilote surveillait les avions menaçants. Les deux partageaient l’utilisation du radar. 

ARTUµ a utilisé µZero, un programme informatique de premier plan qui domine les échecs et même les jeux vidéo sans connaissance préalable de leurs règles - pour faire fonctionner le système tactique de l’avion espion U-2. Précisons d’emblée, que l’Intelligence Artificielle n’avait accès qu’au radar et ne pouvait pas par exemple prendre le contrôle d’éventuelles armes de bord. Seul le pilote humain en avait l’accès. Il s’agit là d’une différence fondamentale dans l’utilisation de l’IA au niveau militaire. Contrairement à l’usage civil de l’IA, les militaires ne la laissent pas avoir accès à l’ensemble des systèmes, de sorte qu’une décision de tir ne peut se faire sans une autorisation humaine. L’IA à usage militaire fonctionne, selon un système compartimenté, tandis que dans les expériences civiles cette dernière peut prendre l’entier des décisions. 

Une meilleure utilisation du radar :

L’IA a démontré une excellente analyse des signaux radars avec plus de rapidité que l’homme. Pour l’USAF, il s’agit notamment de pouvoir éventuellement tirer profit au mieux du nouveau radar ASARS-2B qui va venir moderniser le U2. Le nouveau radar aura une portée doublée par rapport à son prédécesseur, le système ASARS-2A, tout en conservant la même résolution de cartographie et d'imagerie. Le nouveau radar a terminé les essais en vol depuis la base aérienne d’Edwards en Californie au début de 2019.

L’ASARS-2B est un radar à longue portée qui fournit aux opérateurs des données de renseignement, de surveillance et de reconnaissance sur des cibles fixes ou mobiles. Un tel radar est capable de fonctionner par tous les temps, ainsi que le jour ou la nuit, contrairement aux caméras espions optiques classiques. Raytheon n’a pas révélé la portée ni la résolution de ses radiations à synthèse d’ouverture avancée.

Pour autant, l’IA n’est encore qu’au stade de l’apprentissage. De plus, l’IA n’est pas encore parfaite dans ses possibilités d’analyser une menace. En effet, les différents essais effectués jusqu’ici montent que l’IA peut d’une part se tromper et surtout, des techniques permettent par exemple de « leurrer » cette dernière. Si le développement et l’intégration de l’IA va être indispensable à l’avenir, il faudra également compter sur la force et les faiblesses de cette dernière comme n’importe quel outil. 

Le Lockheed-Martin U-2 « Dragon Fly » :

 Le Lockheed U-2 est un avion de reconnaissance à haute altitude qui fut utilisé intensivement durant la Guerre Froide pour observer les territoires de l’ex-URSS. La caractéristique principale de l'U-2 est sa capacité à voler à haute altitude (70 000 pieds, soit environ 21 000 mètres, deux fois plus haut que les avions de ligne) pour être hors de portée des défenses anti-aériennes. Il dispose d'un important rayon d'action, mais d'une vitesse relativement limitée.

Techniquement, l'U-2 pourrait être considéré comme un "planeur propulsé" en raison de ses énormes ailes qu'on retrouve sur les planeurs. L'atterrissage et le décollage de cet avion est très délicats : en effet, le Lockheed U-2 dispose d'un train avant et d'un train arrière en tandem (à l'inverse des autres avions qui ont deux trains arrières et un train avant), auxquels sont rajoutées des roulettes de stabilisation aux extrémités des deux ailes. Ces roulettes tombent au décollage, allégeant l'avion, mais rendant l'atterrissage d'autant plus difficile et impose que du personnel au sol intervienne à chaque atterrissage.

Les premiers vols d'espionnage du Lockheed U-2 ont lieu en 1956. Testé depuis la Zone 51. Le premier objectif était de repérer et de photographier les sites de missiles stratégiques intercontinentaux dans le cadre des programmes de reconnaissance aérienne.

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Photos : U2 « Dragon Fly @ Lockheed Martin

 

Commentaires

Ce blog est vraiment magnifique pour qui s'intéresse à l'aéronautique. Bravo à son auteur !
Quelle est la raison de l'abandon du SR-71 (probablement l'avion au look le plus spectaculaire de l'histoire) ? Sa complexité ou son coût de mise en oeuvre ? Ou vaut-il simplement mieux voler haut (U2) que vite pour la reconnaissance ?

Écrit par : Flutter | 18/12/2020

Très bonne utilisation de l'IA dont je préfère le nom d'Intelligence Augmentée (qui indique bien sa complémentarité avec l'humain) qu'Artificielle...

Écrit par : Pedro PAIVA | 18/12/2020

@Flutter. Coûts et complexité de mise en oeuvre sont les principales raison de son retrait. Pour le reste mieux vaut voler haut et vite pour la reconnaissance stratégique. Non seulement le SR-71 volait très vite, mais également plus haut que le U2, à 80000 pieds en croisière.

Écrit par : Baz driver | 18/12/2020

@Flutter
Bah justement, le SR-71 volait plus haut que l'U2

Écrit par : James | 18/12/2020

Erratum: c'est la 99e et non pas la 9e escadre de reconnaissance qui opère l'U-2.

Écrit par : Noth | 18/12/2020

@Flutter
Sauf que le plafond du SR-71 est plus haut que celui du U2

Écrit par : James | 18/12/2020

@Flutter. Coûts et complexité de mise en oeuvre sont les principales raison de son retrait. Pour le reste mieux vaut voler haut et vite pour la reconnaissance stratégique. Non seulement le SR-71 volait très vite, mais également plus haut que le U2, à 80000 pieds en croisière.

Écrit par : Baz driver | 18/12/2020

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