30/12/2014

Argentine, avion de combat et imbroglio militaro-politique !

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Buenos Aires,  au mois d'octobre, je vous parlais de la décision de l'Argentine de négocier l'achat de l'avion de combat suédois JAS-39 Gripen E, qui portaient sur 24 appareils, selon les informations obtenues au sein du ministère de la Défense argentin et confirmées par le ministre argentin de la Défense Agustin Rossi.

 

Grincement de dents britanniques :

 

L'Angleterre dont l'industrie et le principal fournisseurs pour l'avion suédois avec l'équipementier et radariste Selex ES ne voit pas d'un très bon oeil, la livraison du Gripen E aux argentins. De fait, une coalition au sein du gouvernement, appuyée par des membres du Congret américain veulent, depuis cette annonce, s'opposer à la vente de l'avion suédois via le Brésil à l'Argentine. On peut comprendre de prime abord cette décision, étant donné les antécédents de la guerre des Malouines. 

Pourtant, cette volonté de barrage, pourrait à terme s'avérer être nuisible à plus d'un titre.

 

Le Gripen, avion de la réconciliation :

 

Pour le ministre de la Défence argentin, la vente d'avions de combat Gripen E serait un point d'honneur à la réconciliation et la fin des tensions de la guerre des Malouines, une occasion de tourner la page et d'aller de l'avant politiquement avec les britanniques. Un avis d'ailleurs partagé par l'opinion public. Hors, la tentative de blocage des Anglais et des Américains et très mal vue en Argentines, on l'imagine bien. 

 

Pourtant à Londres et aux Etats-Unis, des voix critiquent ouvertement cette vision et demandent ouvertement à ce que cette vente puisse se faire. 

 

La Russie en embuscade :

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Si, une certaine dissidence prône la vente du Gripen E aux argentins, c'est pour contrer l'offre faite par Moscou de ré-équiper l'armée argentine. En effet, la Russie a proposé la vente d'un premier lot de bombardiers tactiques Sukhoi Su-24 "Fencer" d'occasions. Si l'avion est ancien, il représente néanmoins une sérieuse menace. Mais l'offre Russe ne s'arrête pas là, Moscou offre la panoplie complète de ses avions de combat Sukhoi et le nouveau MiG-35. En parallèle, systèmes de défense anti-aérien S-300 et Panstir. L'armée de terre et la marine ne n'étant pas oubliées.

 

Le casse-tête argentin :

 

Le verrouillage de la modernisation de l'armée argentine par le gouvernement anglais et semble  virer au cauchemar, car les temps ont changé. Première option, anglais et américains acceptent de régler les différents de la guerre des Malouines et laissent les argentins se doter du Gripens E suédois. Dans le cas contraire, le risque que la Russie étende un peu plus sa domination au sein du continent en matière d'armement deviendra réalité.

 

L'ancien Général l'USAF Robert C. Kehler expliquait, il y a de cela une semaine, que la modernisation de l'aviation argentine avec des aéronefs russes, serait une catastrophe politique, qui aurait de graves répercussions à l'avenir. En effet, s'ajoutant au non règlement de la crise des Malouines, l'Argentine prendrait un sérieux avantage à l'avenir en cas de détérioration des relations avec l'Angleterre. Celle-ci, devrait alors renforcer son dispositif militaire sur l'île de la discorde. Sauf, qu'avec les baisses de crédits militaires, l'Angleterre n'avait pas prévu cette éventualité ! 

 

Bref, avion suédois ou pas, il faudra compter sur les pressions russes dans la région et il faudra aux Britanniques, bien réfléchir au choix final, les conséquences risquent d'être lourdes.

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Photos: 1 Gripen E aux couleurs du Brésil 2 Su-24 "Fencer" 3 MiG-35 

 

 

 

 

 

 

 

 

29/07/2012

Lecture : The Quest for Relevant Air Power !

 

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La période estivale est particulièrement bien adaptée pour les lectures, voici un ouvrage particulièrement intéressant que nous propose le suisse Christian F. Anrig.

Préfacé par l’un des plus brillants théoriciens de la pensée aérienne moderne, l’ouvrage de Christian Anrig mérite une mention particulière pour différentes raisons. D’une part, il n’est pas courant qu’un auteur suisse soit publié par l’Air University Press. D’autre part, le sujet présenté donne une parfaite vue d’ensemble des options qui ont été suivies par différentes forces aériennes européennes lors de leurs transformations respectives à l’issue de la guerre froide.

L’auteur, Dr. C. Anrig, pose quatre questions essentielles aux-quelles il répond avec succès:

Comment les forces aériennes européennes se sont-elles adaptées à la nouvelle donne stratégique et, en particulier, aux changements des politiques de défense?

Comment ces forces aériennes ont-elles répondu aux nouveaux défis que représentaient les opérations réelles?

Comment ont-elles développé leurs pensées et leur doctrines aériennes?

Finalement, comment ont-elles tenté de maintenir des forces cohérentes malgré le développement rapide des technologies de pointe et l’escalade vertigineuse des coûts?

Au sortir de la guerre froide, dans le nouveau contexte sécuritaire, ne plus savoir où, quand, avec qui et dans quel- les circonstances se battre constitue, avec le passage d’une posture de dissuasion pure à celle caractérisée par la conduite d’opérations réelles, l’une des ruptures principales pour les armées de l’air européennes. Les états étudiés considèrent tous que les crises se règlent avantageusement en s’attaquant à leurs racines par une approche multinationale et que la défense territoriale ne constitue plus une stratégie forcément efficace.

En France, la première ligne de défense n’est plus proche de la frontière nationale mais souvent loin du territoire français. Par conséquent, la capacité de projection est devenue la première priorité des forces conventionnelles françaises. La guerre du Golfe de 1991 s’est révélée être une véritable sonnette d’alarme et a engendré le développement de toute une série de solutions provisoires destinées à combler les lacunes opérationnelles les plus importantes. Dans l’attente de l’introduction de l’avion de combat multi-rôle Rafale, la production des Mirages 2000 D et 2000-5 sont les exemples les plus marquants de passerelles capacitaires. Par ailleurs, l’Armée de l’Air a introduit en 1994 une nouvelle structure de commandement qui distinguait clairement entre les commandements organique et opérationnel.

Pour la Luftwaffe allemande, la défense traditionnelle aux frontières contre une attaque militaire classique a aussi été remplacée par la prévention des conflits internationaux et la gestion des crises.

Aux Pays-Bas, l’examen des nouvelles priorités de défense a ajouté à la dimension purement militaire les aspects politiques, sociaux, économiques et humanitaires et identifiait clairement que l’imprédictibilité des futures crises était le défi majeur de la planification des forces. Comme la sécurité internationale peut être menacée très loin du terri toire national, la mobilité, la flexibilité, la projection rapide, l’interopérabilité et la capacité de mener des opérations à l’extérieur de la zone de l’OTAN constituent des aptitudes essentielles pour les décideurs néerlandais. Les systèmes qui ne sont plus considérés comme indispensables en raison de l’évolution de la menace ont été liquidés afin de libérer de précieuses ressources pour acquérir des équipements de dernière technologie. Le changement d’affectation d’une partie de la flotte d’avions de combat et des unités de défense sol-air pour constituer un groupe tactique d’hélicoptères ou pour acquérir des avions de transport C-130 Hercules et DC- 10 modifiés constituent des exemples frappants. Dans le domaine de la défense sol-air, seuls les unités «Patriot» ont été maintenues. Le nombre de «Stingers» a été très significativement réduit et les systèmes de missiles «Hawk» ainsi que les batteries de canons anti-aériens à guidage radar ont même été totalement liquidés. Les Pays-Bas se sont établis comme un partenaire fiable susceptible d’apporter une contribution significative lors d’opérations multinationales. Ils ont fourni la preuve que même de petites nations sont en mesure d’apporter une véritable valeur ajoutée grâce à une réelle capacité de coopération qui permet aisément à leurs forces armées d’être engagées aux côtés de forces alliées sous l’égide d’organisations internationales ou dans le cadre de coalitions ad hoc.

Pour la Suède également, les développements sécuritaires ont engendré un changement de l’orientation de la politique de sécurité vers les engagements multinationaux. Disposer d’une capacité d’appui aérien rapproché a été considéré par la Flygvapnet comme un élément essentiel pour participer à des opérations robustes de promotion de la paix. Dans sa relation avec l’OTAN, la Suède a pour ambition d’être un allié qui est prêt à "non seulement recevoir" mais aussi à "donner". Sa participation active au projet SALIS (Solution intérimaire pour le transport aérien stratégique) et à l’initiative sur la capacité de transport aérien stratégique (SAC) basée sur un concept de copropriété d’avions de transport stratégique démontre clairement l’importance qu’elle attache à la dimension multinationale.

La contribution de Christian Anrig est une référence indispensable non seulement pour les officiers des Forces Aériennes mais également pour tous ceux qui sont concernés par le développement des forces armées. La présentation de l’évolution doctrinale des armées de l’air européennes permet aussi d’apprécier dans quelle mesure leurs transformations respectives ont été influencées par la pensée aérienne anglo-saxonne.

Cet ouvrage mérite une place privilégiée dans de nombreuses bibliothèques.

Col EMG Claude Meier État-major de l’Armée, Instruction opérative et doctrine Chef de la recherche et du développement en matière de doctrine,MILITARY POWER REVUE der Schweizer Armee – Nr. 1 / 2011

Christian F. Anrig, auteur

Edition reliée, 444 pages

Editeur: Military Studies Press (paru le 18 mai 2012)

Langue: anglais

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