14/11/2012

Programme d’armement : le Gripen E !

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C’est fait, le Conseil Fédéral vient de présenter le programme d’armement 2012 (PA12) aujourd’hui, avec au menu l’acquisition de 22 avions de combat Saab JAS-39E «Gripen» (Griffon) multirôle. Une telle acquisition exige un crédit d’engagement de 3,126 milliards de francs. 

 

Je vous propose ici un premier volet consacrer en détail au programme d’acquisition de l’avion suédois. Ce premier volet va se consacrer à l’aspect technique de l’avion et va venir compléter les informations que j’ai pu vous donner sur le sujet précédemment. Dans un second temps, je vous parlerais des considérations financières, des Offsets et des emplois qui dépendront de ce contrat ainsi que du partenariat entre nos deux pays. Puis nous traiterons du  volet consacrer au mode de financement qui sera choisit en mars prochain par le parlement. Nous aurons aussi l’occasion de parler du besoin de renouveler notre flotte aérienne. Entre temps, je reviendrais sur l’avancée des testes du radar et de l’IRST, ceci au début de 2013.

 

Le choix du Gripen E:

 

Le Conseil fédéral a opté pour le Gripen E. Pour ce faire, il s’est fondé sur les résultats de l’évaluation et a motivé sa décision comme suit :

–le Gripen remplit les exigences militaires ;

–comparativement à ses concurrents, le Gripen présente clairement les coûts d’acquisition et d’exploitation les plus bas ;

–il offre clairement le meilleur rapport coûts-utilité ;

–il est financièrement supportable pour l’armée, c’est-à-dire que l’acquisition et l’exploitation du Gripen permettent de maintenir à un niveau approprié également d’autres parties de l’armée.

Ainsi, le Conseil fédéral propose l’acquisition d’un système adéquat et financièrement avantageux, sans chercher à obtenir les performances maximales possibles dans tous les domaines.

Les coûts ont joué un rôle important pour le choix du type, mais ils n’ont pas été à eux seuls déterminants. L’avion choisi doit offrir les performances indispensables pour l’accomplissement des tâches des Forces aériennes. Une offre techniquement insatisfaisante ne serait pas compétitive même avec un prix inférieur.

Par contre, le prix devient un critère très important dès le moment où les exigences militaires sont remplies. 

 

L’avion :


 

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Le Gripen E est un développement des appareils monoplaces Gripen A et Gripen C, qui ont fait leurs preuves. Il est conforme à l’état le plus récent de la technique et présente notamment les améliorations suivantes comparativement au Gripen C/D :

–Réacteur F414G plus performant avec mode Supercruise.

–Réservoirs de carburant internes de plus grande capacité. 

–Deux points d’ancrage supplémentaires pour des armes sous le fuselage 

–Structure modifiée du fuselage et de l’aile, train d’atterrissage principal modifié 

–Nouveau radar, ES-05 «RAVEN» disposant de la technologie AESA (Active Electronically Scanned Array) qui permet un balayage avec un débatement total de ± 100 ° (+20% vis-à-vis de la concurrence) qui offre la possibilité de voir vers l’arrière et d’engager directement les adversaires et ceci grâce au système SWASHPLATE, couplé à un capteur passif fonctionnant sur une base infrarouge soit:  l’IRST  (Infra-Red Seach and Track) de type Skyward-G produit par SelexGalileo. 


 

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–nouvel équipement de guerre électronique (EW System MAW300) de type électro-optique qui fonctionne avec les lances-leurres Saab BOH/BOL de dernière génération (ADIS).

 

  • Une nouvelle architecture électronique (au minimum 5x plus rapide que la concurrence) et une avionique nouvelle génération dotée d’un cockpit avec grand écran qui offre la possibilité de personnalisation pour chaque pilote et l’adaptation immédiate en fonction de l’évolution de la mission (air-air, reco, air-sol).

 

Le Gripen E dispose d’une liaison électronique Link16 à large bande, d’un système de communication satellitaire SATCOM et d’un fusion des données (Net Centric Warfare - NCW). La fusion de données complètement intégrée au système d'arme permet la fusion des informations  de la liaison 16 (pistes des équipiers, messages PPLI (Precise Participant Location and Identification) et relie l’ensemble aux pistes des capteurs internes et externes (RAVEN, IRST, EW300, pod ATFLIR, RecceLite).

Le pilote dispose d’une commande vocale et d’un HUD large également de la nouvelle génération. Grâce au regroupement et au traitement ciblés des données de tous les capteurs, le pilote dispose d’une excellente vue d’ensemble de la situation tactique momentanée, et donc d’un excellent soutien pour l’accomplissement de la mission et le pilotage de l’appareil. De plus, les données importantes pour l’engagement des armes sont projetées sur la visière du casque du pilote (viseur de casque COBRA II).

Enfin, un générateur d'oxygène embarqué (On-Board Oxygen Generation System, OBOGS) permet d’augmenter la teneur en oxygène de l'air prélevé au niveau d'un compresseur du moteur, afin, qu'il soit fourni directement aux pilotes. Avec l'OBOGS, la production d'oxygène est quasiment infinie et facilite la logistique : pas de production au sol, ni de chargement et d'installation des bouteilles à bord.

Le siège éjectable Matin-Baker dispose de deux airbag latéraux pour protéger le pilote en cas d’éjection.


 

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Doté de commandes de vol électriques à triple chaîne qui garantissent en tout temps un comportement de vol stable. Dans les cas rares d’état de vol incontrôlé, la commande de vol rétablit automatiquement l’assiette de vol normale. La famille Gripen  a été entièrement dessiné autour du pilote. Ses commandes sont ainsi entièrement regroupées sur le mini manche et sur la manette des gaz selon le concept HOTAS (Hands On Thrust And Stick).

 

Le réacteur à double flux F414G du fabricant américain General Electric génère, avec postcombustion, une poussée de 10,3 tonnes. Il s’agit d’une version du réacteur F414-GE-400, qui a fait ses preuves depuis des années sur les F/A-18E/F de l’US Navy, conçue en vue de l’utilisation dans l’avion monomoteur Gripen. Le réacteur F414G est un moteur de construction modulaire ultramoderne qui se caractérise par une exploitation efficace et une grande fiabilité. Il est doté du mode Supercruise qui permet d’atteindre la vitesse de croisière supersonique (Mach 1.02) sans avoir recours à la postcombustion, ce mode permet également de décoller à pleine charge également sans la postcombustion. En résulte une diminution du bruit et de la consommation de kérosène.

 

Interopérabilité avec les autres systèmes :


 

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Le Gripen est équipé à la fois du système de transmission de données Link16, utilisé actuellement en Suisse par le F/A-18 et par FLORAKO, et d’un système supplémentaire indépendant pour l’échange de données à l’intérieur des formations de Gripen. L’avion doit de fait pouvoir communiquer avec les systèmes déjà en services et ceux qui seront en cours d’acquisition comme les nouveaux drones. 

L’équipement électronique du Gripen comporte également un système actif d’identification ami-ennemi, compatible avec les autres systèmes de la navigation aérienne et avec FLORAKO. 

 

Le Gripen E est doté d’une perche rétractable de ravitaillement en vol lui permettant d’être compatible avec les avions ravitailleurs de nos voisins comme l’Allemagne et la France.

 

Armement et équipement spécifiques d’engagement :


 

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L’avion est équipé de dix points d’ancrage de telles charges de combat. Un missile à guidage infrarouge peut être ancré au bout de chaque aile. Selon la mission à accomplir, des engins guidés air-air et air-sol ou des réservoirs supplémentaires de carburant peuvent être fixés aux deux points d’ancrage sous chacune des ailes et aux trois points d’ancrage sous le fuselage. Les nacelles de reconnaissance aérienne et d’illumination de cibles sont fixées au point d’ancrage sous l’admission d’air du côté droit.


 

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Variantes de chargement prévues pour la Suisse doit être de type multirôle et comprend  les engagements air-air, reconnaissance et air-sol :

 

L’armement principal pour les engagements air-air se compose des missiles ultramodernes suivants : 

 

–missile à guidage infrarouge IRIS-T (Diehl BGT Defence).

–missile à guidage radar Meteor BVRAAM  (MBDA).

 

Le Gripen pourra également reprendre les AIM-120C7 AMRAAM qui équipent les F/A-18 C/D.

Pour la reconnaissance l’avion sera doté du pod de type «RecceLite» (Rafael Advanced Defence System) qui est équipé d’une liaison de données avec le sol, si bien que les informations disponibles sont transmises quasiment en temps réel. En mission de reconnaissance, le Gripen E doit fournir de nuit comme de jour et indépendamment des conditions météorologiques des informations à haute résolution. L’engagement des capteurs de reconnaissance doit être possible indépendamment de l’altitude de vol et jusqu’à une vitesse d’environ 900 km/h. Les résultats de la reconnaissance doivent être enregistrés à bord de l’appareil et simultanément transmis à une station au sol au moyen d’une liaison de données protégée cryptée.

 

 

Pour les engagements air-sol de bombes guidées, il est prévu d’utiliser des nacelles d’illumination de cibles par laser du type AN/AAQ-28(V)« Litening ATFLIR » (Northrop-Grumman/Rafael), également en service dans les forces aériennes suédoises. Les bombes guidées prévues sont des bombes explosives de 220 kg, dont le guidage par laser ou GPS programmable.L’armement air-sol doit pouvoir être choisi de manière flexible lors de chaque engagement en fonction de la menace et du type d’objectif à combattre. Pour le combat simultané de plusieurs cibles au moyen de bombes guidées, l’ordinateur de bord doit pouvoir calculer la zone idéale de largage et l’indiquer au pilote.


 

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Prochain volet : les considérations financières, les Offsets et les emplois pour notre industries. 


 

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Photos : 1 Gripen NG en Suisse en octobre dernier 2 Antenne AESA avec technologie SWASHPLATE 3 Cockpit 4 pod RecceLite En vol dans les alpes @ Armasuisse/Saab

 

 

 

 

11/07/2012

Le Gripen F vole avec son radar AESA !

 

 

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Le démonstrateur Gripen NG est depuis quelques temps, doté de la version définitive du radar ES-05 «Raven» de type AESA (Active Electronically Scanned Area). L’avion a été présenté à la presse, lors du Salon aéronautique de Farnborough. Cette présentation était réalisée avec le fournisseur de l’antenne à balayage électronique SELEX Galileo.

Le Gripen E/F, de part son démonstrateur atteint maintenant la phase finale de tests,  avec l’adaptation de son radar AESA définitif et se terminera avec le montage du capteur IRST (SKYWARD-G). Ce radar AESA vient de débuter, par ailleurs, la phase de tests en vol pour sa qualification. La version du radar ES-05 «Raven » installé dans le nez du Gripen F, est issues des modèles antérieurs, qui ont servit de banc d’essais depuis 2008. Cette version du radar AESA a subit au préalable une batterie de tests, servant à son homologation depuis les installations de Finmeccanica d'Edimbourg en Ecosse en vue de son installation sur l’avion développeur.

Le radar AESA en version définitive sera présenté un peu plus tard, dans l’année, en vol aux équipes de pilotes d’essais suisses d’Armasuisse et des Forces Aériennes (nous aurons l’occasion d’y revenir le moment venu).

 

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L’ES-05 « Raven » :

Le radar à antenne à balayage électronique qui doit équiper les versions « Echos & Fox » du Gripen est développé par Saab et SELEX Galileo. Le corps du système reprend les éléments du radar PS-05 Ericsson auquel on y a ajouté l’antenne active de SELEX Galileo ainsi que des éléments du Vixen 1000E. Celle-ci, est par ailleurs montée sur un plateau cyclique (swashplate) repositionnable qui permet de fournir une plage de détection de  ± 100 º.

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La série de capteurs comprend des capteurs actifs et passifs intégrés pour permettre une commande centrale et la fusion de capteurs. Ces éléments permettront d’améliorer de façon significative la capacité multirôle et la performance des capteurs face aux menaces futures et à des scénarios plus complexes.

Le RAVEN ES-05 bénéficie de la technologie extrêmement fiable du module émetteur/récepteur de l’AESA, ce qui améliore considérablement la disponibilité du système et permet de réduire le coût de cycle de vie. Les radars AESA de SELEX Galileo présentent des performances exceptionnelles et une fiabilité accrue supérieures aux radars à balayage mécanique traditionnels. Ils offrent également tous les avantages des antennes AESA multifonctions et garantissent des économies de coûts à long terme.

Le radar Raven ES-05 a été conçu dès le départ comme un système modulaire unique et efficace à même de répondre aux exigences mondiales en matière de détection radar de conduite de tir et de suivi de cibles. Il s’appuie sur des unités modulaires courantes qui permettent d’offrir une architecture de système évolutive capable de répondre aux besoins de conduite de tir et aux exigences opérationnelles des radars d’interception tout en restant résistant aux contre-mesures radar.

L’antenne AESA est couplée à des unités remplaçables en ligne (LRU) d’un récepteur-excitateur multichaîne entièrement numérique et d’un processeur. Ces dernières fournissent une suite complète de modes dont les modes air-air et air-sol, des fonctions de brouillage et de support pouvant être facilement adaptées ou étendues au logiciel afin de satisfaire les besoins futurs.

Le radar exploite les techniques de confirmation d’alertes de l’AESA pour confirmer les cibles lors de la première détection. Ces techniques, associées aux formes d’onde optimisées d’AESA, permettent d’augmenter les champs d’initialisation de la trajectoire, tout en conservant simultanément une capacité d’appréhension totale de la situation. La capacité de balayage instantanée de l’AESA fournit également une suite complète de modes simultanés air et sol, afin de conférer au pilote une appréhension totale et fidèle de la situation.

Au cœur de la conception du radar AESA se trouve la capacité de gérer la panne individuelle d’un seul composant. Les pannes de composants dans l’antenne entraînent une dégradation progressive de la performance et non une panne complète du système, fournissant ainsi une disponibilité opérationnelle plus élevée que les systèmes de radar traditionnels. Des économies de coût sur la durée de vie du système sont réalisées grâce à la haute fiabilité, l’amélioration de la disponibilité et la réduction des exigences relatives à la maintenance.

 

Les avantages de l’antenne AESA :

Un radar ainsi équipé offre une extrême flexibilité. Les modules (TRM) peuvent être divisés en "sous-radars" ayant chacun une tâche différente (air-air, air-sol, brouillage ).

Ce type d’antenne permet un accroissement de la portée. La puissance émise et leur portée sont augmentées de 20 à 70 %.

Discrétion et résistance au brouillage (travail simultané sur des fréquences différentes).

Fiabilité (pas de mécanique, redondance des antennes).

Nombreuses applications potentielles (arme à énergie dirigée, transmission de haut débit ).

Ce type de radar permet un champs d’application à de nouvelles tactiques, comme par exemple, de maintenir la liaison de données de missiles et de s’en détourner, tandis,  que le scénario se poursuit le radar acquiert d'autres cibles et/ou effectue d’autres tâches.

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Photos : 1 Radar AESA ES-05 avec son antenne montée sur le Gripen F 2 & 3 Présentation à la presse au Salon de Farnborough 4 Version test avec l’IRST (SKYWARD-G) @ Saab/Selex Galileo