05/04/2021

Le SCAF va mieux, mais n’est pas encore sauvé !

Maquette_SCAF,_Bourget_2019_(2).jpg

Il y a peu le programme SCAF était presque considéré comme mort, du moins dans sa configuration de base, on évoquait, il y a peu, un éventuel plan B du côté de chez Dassault Aviation. Mais tant que le patient n’est pas déclaré mort, il faut le sauver. A la manière d’une équipe médicale, les différents membres du projet se sont attelés à un difficile exercice sur le partage des tâches du programme afin de redonner une chance à ce dernier.

Les dernières nouvelles semblent plutôt positives, avec ce qui semble bien être un accord de base entre Dassault Aviation et Airbus. Cette entente implique les trois pays du programme, la France, l’Allemagne te l’Espagne. L’accord de fond débouche sur une nouvelle offre qui doit permettre la réalisation d’un démonstrateur. Les deux avionneurs que sont Dassault et Airbus vont être responsables du développement de l'avion de combat de nouvelle génération (NGF). Celui-ci s'intégrera dans un "système de systèmes" qui s'articulera avec des drones accompagnateurs, le tout connecté, via un "cloud de combat", avec les autres moyens militaires engagés dans une opération.

Ce qui a été réglé :

Les deux avionneurs ont donc réussi à s’entendre sur la répartition des charges de travail d’une part. La position de chacun a été clarifiée afin que chacun soit considéré en tant que partenaire et non un sous-traitant du programme.

Ce qui ne l’est pas encore :

Pour autant, il reste des éléments à clarifier. L’un des gros morceaux est celui de la motorisation, en effet, le français Safran, l'allemand MTU et l'espagnol ITP, ne se sont toujours pas accordés en ce qui concerne la réalisation des moteurs.

De l’autre, des problèmes de propriétés intellectuelles concernant des travaux sensibles n’ont pas trouvés de solutions à ce jour.

Le contre la montre :

Le programme SCAF n’est pas encore complètement sorti d’affaires, et le temps joue en défaveur. En effet, il faut absolument trouver un accord global avant le mois de juin prochain, sans quoi le Parlement allemand pourrait purement et simplement refuser le budget de financement du SCAF. Un élément qui doit permettre de pérenniser le programme.

Photo : Maquette du SCAF @ Dassault

Commentaires

Est ce que MTU et ITP ont déjà construit un réacteur d'avion de chasse ?

Écrit par : Andre | 05/04/2021

@ Andre : conçu serait plus précis : non ce que tout le monde sait ; et qui montre bien l'aspect politique de ce projet , où les partenaires français , s'ils y sont contraints , vont devoir céder sans contrepartie des compétences industrielles . Ce qui ne semble pas déranger le président français , qui ne raisonne qu'à l'échelle européenne , et veut à tout prix laisser son nom dans un accord .Si le projet est entériné en juin , il ne fera qu'entamer un long chemin de croix , jalonné par les futures réticences vertes en Allemagne , l'acceptation de la variante navale pour la France , les procédures parlementaires rigides allemandes pour son futur export , la liste est longue ...Il n'y a quasiment aucune chance d'ores et déjà de tenir le calendrier évoqué il y a ...trois ans !

Écrit par : philbeau | 05/04/2021

Ne pas perdre de vu que la France brade ses industrie , compétences , savoir faire ....etc... depuis des années ! Macron le fossoyeur achève de travail !!! Monsieur Dassault doit se retourner dans sa tombe ...............

Écrit par : alain peulet | 05/04/2021

@Andre

https://es.m.wikipedia.org/wiki/EuroJet_Turbo_GmbH

Écrit par : Corday | 06/04/2021

@Alain Peulet

S'agit-il d'une perception que vous avez, ou bien parlez vous de faits objectifs ? Si vous êtes dans la deuxième hypothèse, pouvez-vous citer ces faits ? De mon coté j'ai cherché ; Dassault n'a jamais collaboré sur aucun projet avec personne, le SCAF sera une première. Quand à Safran, ils sont aussi extrêmement indépendants.Et cette tendance se justifie dans l'ensemble du secteur armement : Nexter avec le programme Scorpion et Leclerc est aussi farouchement indépendant. Pour ne pas les nommer tous, pouvez-vous nous préciser votre pensée ? Ou bien avez-voulu attirer l'attention sur le besoin de sauvegarder le savoir faire national qui est une des questions sensibles des points d’achoppement du programme SCAF ? Auquel cas, je vous conseille les questions directes que de vous cacher derrière le hangar de votre voisine pour dire laisse toujours la porte ouverte de son salon.

Écrit par : Ben | 06/04/2021

@André

Une petite réponse à votre question

Le pilier propulseur a été confié à une co-entreprise à parité entre Safran (F) et MTU (D).
Or, MTU n’a qu’une expérience plus que limitée dans le domaine des turboréacteurs, et encore plus sur les moteur d’avions de combat, et n’a jamais développé un tel moteur de façon autonome, contrairement à Safran qui développa, outre le M-88 du Rafale, le M-53 du Mirage 2000, et la série des réacteurs ATAR des Mirages III, IV, V et F1.

Que ce soit dans le programme Tornado ou Typhoon, c’est Rolls-Royce qui pilota la conception du RB-199 et de l’EJ-200, même si à chaque fois une co-entreprise fut spécialement crée pour ces programmes (Turbo-Union pour le Tornado et Eurojet pour l’EJ-200).

Tirez vous-même les conclusions qui s'imposent...

Écrit par : forêt10 | 06/04/2021

@Ben

Dassault a déjà collaboré avec les allemands sur l'Alphajet et l'Atlantic (intialement Breguet mais produit chez Dassault après 71 et le rachat de Breguet).

Écrit par : lucas | 06/04/2021

@Forêt 10

Vu qu'il s'agit d'un des points qui ne sont pas encore réglés, ne vaut-il pas mieux attendre que de tirer des conclusions trop hâtives ? Ce point fera sans doute l'objet d'une négociation, Pouvez-vous me citer d'autres exemples de cette fuite des savoirs faire et de l'expertise nationale svp ? Pour moi, l'industrie française est une des plus fermées au monde, et à mon sens, le contrat indien est beaucoup plus problématique que celui du SCAF. Parce que quand les indiens sauront faire ....vous devinez la suite.

Écrit par : Ben | 06/04/2021

En attendant, si les allemands n'ont que MTU à proposer de leur coté, il faut les comprendre. Confier tout le développement à Safran, c'est devenir totalement dépendant de son allié pour cette partie essentielle du système. C'est inacceptable, c'est un peu donner la corde pour se faire pendre. Sans compter que les Allemands vont demander le partage des savoirs pour être autonomes sur les moteurs. Le problème est sérieux. Je regrette qu'il n'ai pas été exprimé de façon plus explicite de part et d'autre.

Écrit par : John | 06/04/2021

Ne pas perdre de vu que la France brade ses industrie , compétences , savoir faire ....etc... depuis des années ! Macron le fossoyeur achève de travail !!! Monsieur Dassault doit se retourner dans sa tombe ...............

Écrit par : alain peulet | 06/04/2021

@ Ben : l'Inde n'est pas en mesure de concurrencer Dassault sur les marchés internationaux avant (très) longtemps . Airbus defence , société allemande , se pose déjà en concurrence . Alors si en plus on lui facilite la tâche côté français...

Écrit par : philbeau | 06/04/2021

@forêt10. Loin de moi l'idée de minimiser vos propos concernant Safran par rapport à MTU. pour autant le mot autonome concernant l'ATAR développé sur la base d'un moteur de BMW, avec à la tête des ex-ingénieurs de BMW, puis du M-53 lui-même dérivé du TF-306 basé sur le TF-30 de P&W est à pondérer.... L'excellent M-88 étant lui totalement autonome...

Cordialement.

Écrit par : Baz driver | 06/04/2021

@Baz driver: les Pratt et Witney TF306 et TF106 n'ont été utilisés qu'en test dans les Mirage G8 et IF2. le M53 n'en est pas dérivé, sa conception est totalement différente.L'expo permanente du Musée Snecma à Villaroche explique ça très bien.

Écrit par : john | 06/04/2021

@john.oui ces deux moteurs ont été utiliser sur les prototypes donc vous parler. Pour autant leur technologie a été exploitée sur le M53...

Écrit par : Baz driver | 06/04/2021

Et c'est parti, nous allons encore nous coucher et refiler notre savoir-faire ... pour rien!
Dépenser les finances du contribuable pour un résultat ridicule.
Nous allons refaire un programme du type EF 2000 qui n’aboutiront pas, puisque les Allemands sans tape le coquillard. Et qu'acheter US ne les dérange pas!

Écrit par : Loïc | 06/04/2021

@Baz driver : c'est exact, mais le BMW003 c'est 1941-1943, et l'ATAR1 1946. Il inspire aussi les ingénieurs Russes. Les USA prennent une voie toute différente en analysant méthodiquement des Jumo004.
.
Qu'il ait fallut 5 ans pour obtenir un réacteur opérationnel en 1951 est sans doute révélateur de quelques lacunes sur le BMW003 d'origine. Ce réacteur a été produit à 500 exemplaires jamais installés pour le Me 262 à cause de son manque de fiabilité et de puissance.
.
Je pense que les ingénieurs français devaient être assez autonomes sur le sujet dès 1951 et l'installation du réacteur sur l'Ouragan.

Écrit par : pfff | 06/04/2021

Bonjour.
Les 3 pays constructeurs veulent imposer leur réacteur pour le Scaf mais au final pourquoi ne pas laisser chaque pays mettre son réacteur, je ne pense pas que c’est une chose importante, car la structure de l’avion est identique pour tous.

Écrit par : jean1 | 06/04/2021

@Ben
Comme vous le dites vous-même, la motorisation est l’un des NOMBREUX points qui ne sont pas réglé.
J’y reviendrai dans mon article sur la répartition industrielle, car TOUT est lié.

Quelques autres, tout aussi importants et notamment ceux, cités par Pascal, de la propriété intellectuelle concernant des travaux sensibles n’ont pas trouvés de solutions à ce jour.

Un autre point, qui risque de tout faire capoter, c’est la REPARTITION INDUSTRIELLE :

Qu'est-ce qui bloque exactement?
La première pomme de discorde est le partage des tâches entre la France, l'Allemagne et l'Espagne.
A peine entré dans le programme en décembre dernier, Madrid revendique déjà un tiers de la charge de travail.

L'arrivée de ce troisième acteur modifie totalement l'équilibre des forces.
Jusqu'alors, les choses étaient simples, au moins sur le papier: Dassault portait les intérêts industriels français, Airbus les intérêts allemands.

Ce dernier est désormais également en charge de défendre les intérêts espagnols, ce qui change fondamentalement le rapport de force. "Airbus représente désormais l'Allemagne et l'Espagne, soit les deux tiers du programme, contre un tiers pour Dassault".

L'entrée de l'Espagne dans le programme a notamment rouvert le sujet, ultrasensible, de la motorisation du SCAF.
Selon les accords franco-allemands sur le sujet, négociés au forceps en 2020, Safran est l'industriel leader, avec l'allemand MTU en partenaire principal.
MTU avait accepté que le moteur M88 du Rafale équipe le premier démonstrateur, à condition que le leadership industriel soit détenu par une joint-venture entre Safran et MTU, et pas par Safran lui-même.

L'entrée en scène du motoriste espagnol ITP, détenu à 100% par le britannique Rolls-Royce a changé la donne: ITP veut imposer le moteur J200 de l'Eurofighter Typhoon pour le démonstrateur, un scénario rejeté par Safran. "Certains acteurs s'abritent derrière la clause de retour géographique pour ne pas jouer le jeu de la coopération", dénonçait ainsi le nouveau patron de Safran Olivier Andriès le 25 février.

Concernant le pilier Senseur, c’est l’Epagnol Indra qui a été désigné pour piloter le programme, reléguant Thales et Hensoldt au rang de partenaires.
Or ces deux entreprises ont-elles aussi une expérience et un savoir-faire sans commune mesure dans le domaines des radars, IRST et autres systèmes senseurs ainsi que dans la fusion des données vis-à-vis d’Indra, qui n’a , à ce jour jamais conçu de tels équipements !

Pour clore le chapitre, sur 7 piliers à 50 / 50 % au départ, il ne reste que 1,5 piliers pour la France, donc il ne faudra pas s’étonner si le programme est abandonné.

Votre question :
« Pouvez-vous me citer d'autres exemples de cette fuite des savoirs faire et de l'expertise nationale svp ? »
Très simple et rapidement deux exemples :
-Les 4 autres programmes en coopération avec l’Allemagne, MGCS, MAWS, CIFS et enfin l’Eurodrone MALE dirigé par l’Allemagne, (malgré l’expérience du Neuron avec la Suisse comme l’un des partenaires), suivent le même chemin que le SCAF et je ne parle même pas du programme TIGRE Mk3, purement et simplement abandonné par l’Allemagne.

- Le Programme de Frégates FREMM en coopération avec l’Italie.
Grâce aux erreurs politiques en 2019 des autorités françaises, c’est l’Italie qui livre les 2 Frégates, initialement attribuées à la France, à l’Egypte.
Ensuite, c’est l’Italie qui a récolté les marrons du feu de ce programme FREMM, aux Etats-Unis pour le programme US, LCS.

Quant au programme « Indien », je ne m’inquiète pas outre-mesure, car c’est M Eric Trappier qui dirige EN PERSONNE, les négociations…

Écrit par : forêt10 | 06/04/2021

Sans vouloir en rajouter sur les pb d'égo de chacun, en parallèle, comment c'est passé la répartition du 'travail' pour les 'partenaires' du F-35 ? Je ne pense pas que les Américains aient accepté de partager le savoir faire avec les autres pays, même s'ils sont en fait les clients. La furtivité, le code des programmes, la technologie du moteur avec les alliages spéciaux. Cela m'étonnerait que même les Anglais, Israéliens ou Japonais aient pu y avoir accès. De toute manière, peut-on même déposer des brevets 'en commun' entre 2 ou 3 sociétés, de plus de nationalité différente ?

Mais pour moi, simple citoyen s'intéressant au sujet, le pb principal c'est le marché potentiel à l'export pour un projet si complexe et donc couteux. Déjà, pas de vente en Europe aux GB, Italiens et Suédois. Et dans le monde qui aura la capacité et les moyens d'acheter un tel système ? Sans parler du véto Allemand probable sur certaines ventes.

Écrit par : bpapon60 | 06/04/2021

@ bpapon : en effet , pour en rajouter une couche sur les faiblesses de ce projet encore une fois surtout une vitrine politique voulue par Macron , les allemands en profitant simplement pour monnayer leur participation par l'acquisition de savoir-faire , il vient évidemment à l'esprit qu'un système aussi complexe et donc couteux ne trouvera pas sa place à l'export en dehors des pays participants . Un échec commercial annoncé .

Écrit par : philbeau | 06/04/2021

@pfff. Je ne conteste en rien la capacité des ingénieurs français. Mais sans l'aide d'Ostrich et de sa centaine d'ingénieurs il eut fallu beaucoup plus de temps pour réaliser ce moteur, avec l'aide d'ingénieurs français. Ostrich qui ensuite est devenu français et en 1950 directeur technique de SNECMA.

Écrit par : Baz driver | 07/04/2021

@Baz : je ne dis pas le contraire. L'avance prise par les anglais et surtout les allemands pendant la guerre a été colossale. Des réacteurs Atar aux fusées Véroniques et Saturn beaucoup de monde a utilisé les savoirs des ingénieurs allemands après guerre.

Écrit par : pfff | 07/04/2021

@pfff. Oui tout le monde a utilisé les autres et leurs connaissances. Et les US encore plus que tout le monde. On est parfaitement d'accord.

Écrit par : Baz driver | 07/04/2021

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