24/03/2020

COVID-19, la pire des crises pour l’aviation ?

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Le secteur de l’aviation à l’habitude des crises, entre les problèmes d’approvisionnement pour faire face à la demande des transporteurs, les problématiques du climat qui forcent le secteur à réagir vite, les mauvaises décisions engagées sur le « MAX », les crises pétrolières et financières, le terrorisme sans oublier le SRAS en 2003. Jusqu’ici, le secteur a pu rebondir. Mais la crise actuelle du COVID-19 pourrait bien avoir des effets catastrophiques pour l’ensemble des acteurs de l’aviation.

Suspension de la production :

Les deux avionneurs Airbus et Boeing ont dû prendre des mesures drastiques, Airbus réduit sa production de moitié pour l’instant et pourrait aller encore plus loin. Boeing a commencé à réduire sa production lundi et de cesser complètement ses activités le mercredi 25 mars. Les plans prévoient que la suspension durera 14 jours. En parallèle, se sont également tous les fournisseurs des deux grands avionneurs qui sont touchés par ces décisions.

Boeing appelle le gouvernement américain à fournir au moins 60 milliards de dollars d'aide aux fabricants de l'aérospatiale, tandis qu’Airbus prépare un soutien financier de l’ordre de 15 milliards d’euros pour l’instant. Les ressources de liquidité, qui s'établissaient auparavant à environ 20 milliards d'euros, comprenant environ 12 milliards d'euros d'actifs financiers et environ 8 milliards d'euros de lignes de crédit non utilisées, ont été renforcées par la conversion d'une ligne de crédit existante de 5 milliards d'euros en une nouvelle facilité s'élevant à 15 milliards d’euros. La liquidité disponible s'élève désormais à environ 30 milliards d'euros.

Les acteurs en perditions :

Les aéroports, les services de maintenance aviation, le tourisme (hôtel, voyagistes, sites de réservations, ainsi que les indépendants qui gravitent dans ce secteur) sont tous touchés de pleins fouets par la crise.

Les compagnies aériennes qui limitent au maximum les vols actuellement ne pourront pas tenir très longtemps, on parle de deux mois maximums et après ? Certains tiendront plus longtemps que d’autres, c’est là que la solidarité doit entrer en jeu.

Il faut donc s’attendre à ce que certains acteurs limitent leur développement après la crise. Gèle des embauches et d’ouverture de ligne par exemple. Il est fort possible que nous assistions à une nouvelle réorganisation du secteur aérien, comprenez par là des faillites et des rachats.

Pour autant, cette crise sera vaincue grâce au transport aérien. Le transport du fret continue d’œuvrer aux échanges et à l’approvisionnement des pays en nourriture, mais également en matériels médicaux. Les pays les moins touchés mettent à disposition des médecins, infirmières et ceux-ci arrivent rapidement grâce à l’avion justement. Le secteur de l’aviation bien que très touché, continue de jouer son rôle de « pont » entre les sociétés. Il ne faudra pas l’oublier.

L'aviation est un élément essentiel de l'économie mondiale et de la structure sociale et une fois l'urgence passée, la demande reviendra. Entre-temps, il y aura des victimes, en termes d'entreprises et d'emplois et, surtout, de personnes, mais l'aviation est un secteur très flexible et adaptable et pourra redémarrer une grande partie de son activité. Mais il lui faudra un sérieux coup demain. 

Préparer le redémarrage :

Le redémarrage ne se fera pas du jour au lendemain, des aides seront à prévoir pour l’ensemble du secteur. Comme je l’expliquais dans un article précédent, les transporteurs seront d’abord sollicités pour la demande des vols intérieurs et seulement plus tard pour les vols intercontinentaux. Ces derniers reprendront pleinement leurs droits une fois la crise terminée. Laissez tomber le secteur de l’aviation serait très grave pour l’ensemble de l’économie mondiale, car sans elle il sera impossible d’assurer le redémarrage du commerce mondial.

L’avenir sera difficile pour tous les secteurs, nous devrons revoir les dysfonctionnements de notre société qui se trouve particulièrement fragilisée en cas de pandémie. A ce cela, s’ajoute, les problèmes du climat, de la surpopulation, des énergies et des conflits avenirs qui en découleront. L’homme à encore du pain sur la planche.

 

Commentaires

Merci Pascal, la crise traversée par l'industrie aéronautique est en effet majeure. Je pense surtout aux milliers de personnes dont l'emploi est menacé. J'espère que cette crise permettra aussi une prise de conscience que la "surchauffe" des dernières années ne peut pas continuer. Ce n'est pas être décroissant que de dire que des billets à 30 CHF pour Barcelone, c'est une aberration. Et si les pouvoirs publics doivent intervenir massivement pour soutenir le secteur, cela ne me paraîtrait pas absurde qu'ils posent aussi des conditions, sur le plan environnemental notamment. L'aviation doit aussi profiter de cette crise pour se remettre en question et en ressortir plus forte et plus durable!

Écrit par : Axel | 25/03/2020

"des billets à 30 CHF pour Barcelone, c'est une aberration".
Dommage de lire encore ce type de commentaires aujourd'hui. Le transport aérien ne doit pas être la chasse gardée des riches, mais il faut se réjouir de sa démocratisation. D'autant plus que ces Frs. 30.- sont un prix d'appel et rares sont les passagers qui paient véritablement ce prix. Si le modèle de compagnies à bas coûts a connu le succès que l'on sait, c'est principalement dû à une gestion rigoureuse des dépenses. Ce n'est pas pour rien que ce sont ces compagnies-là qui sont à la pointe des recherches pour développer l'aviation de demain, électrique entre autres.
De même qu'il faut se réjouir lorsque les CFF proposent leurs prix dégriffés.
Et dernière remarque: il faut arrêter ce mythe de l'aviation gros pollueur de la planète: elle pollue, certes, mais ses émissions correspondent à 3% des émissions globales.

Écrit par : philippe | 26/03/2020

@Philippe

Autant je me réjouis de la démocratisation du transport aérien, autant il ne faut pas être naif sur les conditions d'obtention de cette démocratisation.

Je ne connais pas la situation en Suisse, mais en Belgique l'essor de compagnies comme Ryanair s'est fait à grands coups d'exemptions fiscales, sociales, et environnementales, et de subventions des pouvoirs publics. Bref, cet essor s'est fait aux frais du contribuable.

Si cette crise permet de remettre de l'ordre dans ce marché et qu'il se réorganise en étant profitable "tout seul", je pense que tout le monde aurait à y gagner.

Écrit par : Jerome Lambert | 26/03/2020

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