23/03/2020

COVID-19, Airbus prend des mesures financières ! 

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Airbus a annoncé des mesures pour soutenir sa situation financière face aux défis économiques présentés par le coronavirus.

Les mesures comprennent une nouvelle facilité de crédit de 15 milliards d'euros (16,1 milliards de dollars), le retrait de sa proposition de dividende pour 2019 et la suspension du financement complémentaire des retraites, a déclaré Airbus dans un communiqué du 23 mars.

Le retrait de la proposition de dividende 2019 a une valeur de rachat de 1,4 milliard d'euros. De plus, l'avionneur retire ses prévisions pour 2020 et maintiendra ce qu'il appelle une «forte concentration sur le soutien aux clients et la livraison».

« Notre première priorité est de protéger les personnes tout en soutenant les efforts mondiaux pour freiner la propagation du coronavirus », explique le directeur général Guillaume Faury.

« Nous protégeons également nos activités pour protéger l'avenir d'Airbus et nous assurer de pouvoir reprendre des activités efficaces une fois la situation rétablie. Nous avons retiré nos prévisions pour 2020 en raison de la volatilité de la situation. Dans le même temps, nous nous engageons à garantir à tout moment la liquidité de l'entreprise par une politique de bilan prudente. Je suis convaincu qu'Airbus et le secteur aérospatial au sens large vont surmonter cette période critique. »

La nouvelle facilité de crédit de 15 milliards d'euros s'ajoute à une facilité de crédit renouvelable existante de 3 milliards d'euros. La société a identifié d'autres mesures qui pourraient être prises au fur et à mesure que la pandémie suit son cours.

Les ressources de liquidité, qui s'établissaient auparavant à environ 20 milliards d'euros, comprenant environ 12 milliards d'euros d'actifs financiers et environ 8 milliards d'euros de lignes de crédit non utilisées, ont été renforcées par la conversion d'une ligne de crédit existante de 5 milliards d'euros en une nouvelle facilité s'élevant à € 15 milliards. La liquidité disponible s'élève désormais à environ 30 milliards d'euros. (sources Airbus)

Photo : la famille Airbus d’avions de ligne

Commentaires

Airbus fait face à la crise actuelle en étant en assez bonne santé.
Par contre Boeing est dans une situation catastrophique suite aux problèmes de son B737 Max. D’abord les problèmes directs : indemniser les compagnies et les pertes humaines des 2 crashs, indemniser les compagnies ayant des B737 cloués au sol, certifier les corrections et modifier quelques 450 avions parqués, former les pilotes aux modifications, régler et corriger les défauts de structure (fissures découvertes), etc … sans parler du nécessaire changement des mentalités et des processus de la direction jusqu’au plus simple moteur de la chaine.
Face à la situation due au Coronavirus, les compagnies aériennes devront rattraper leurs pertes dues aux immobilisations. Elles vont probablement étaler les livraisons des avions en commande … et surtout limiter fortement leurs commandes supplémentaires. Conséquence le marché va subir un fort ralentissement sur quelques années.
Résultats pour Boeing, son B737 est quasi enterré et il est probable qui ne pourra pas livrer tous ceux qui sont déjà fabriquer et qui doivent encore être corrigés et remis en état de vol. En final des avions plus cher qui me peuvent se vendre qu’au rabais.
Mon impression est que Boeing, secteur civil, va plonger.
Tout cela parce que Boeing s’est transformé à machine à profils pour les actionnaires et les top managers. Quelle tristesse !

Écrit par : Bernard Repond | 23/03/2020

Bernard Repond,
Oui, Boeing a en effet des difficultés, et la situation pré-coronavirus y est pour beaucoup.
En plus de la situation concernant le B737 MAX, vous ne mentionnez pas le cas du B787 dont le programme a été comptabilisé de manière très particulière.
En effet, les coûts de production initiaux, les coûts de R&D ont été comptabilisés comme étant des actifs, et ces actifs sont amortis au fil du temps.
En 2016, les coût de production différés étaient de USD 27.3 $ milliards, et concernant l'amortissement des outils de production, USD 3.63 $ milliards.
A fin 2019, ces valeurs étaient respectivement de USD 18.72 $ milliards, et USD 2.09 $ milliards.
Certains analystes considèrent d'ailleurs que malgré son énorme succès commercial, le B787 pourrait ne jamais apporter de profit.
...
Bref, entre le B737 et le B787, il s'agit du gros de leur production actuellement, le B777 dans sa version actuelle a très peu de commandes (d'où des prix cassés et l'achat de cet avion par Swiss, le prix étant suffisamment bas pour que son rendement économique soit meilleur qu'un avion plus moderne malgré des coûts additionnels pour le carburant.
...
Donc pour moi, ces éléments sont les problèmes actuels de Boeing.
Ceci étant dit, la situation est plus complexe et ne se résume pas à cela. Boeing est aussi une entreprise dans le secteur de la défense. Et comparé à Airbus, le secteur militaire de Boeing a plus de poids.
En effet, les F-15 et F-18 sont produits par Boeing, et ce sont des programmes très rentables. Les autorités américaines tendent à faire passer des "subsides" de cette manière en acceptant de payer ces appareils plus cher, en connaissance de cause.
En 2015, les revenus de Boeing (chiffre d'affaire) étaient divisé de la manière suivante:
- 66.05 milliards pour les appareils commerciaux
- 30.39 milliards pour le secteur de la défense, avec 44% dans les avions militaires, 26% dans le domaine des réseaux et des systèmes, et 30% dans le domaine du support / entretien.
- 0.41 milliard en revenu de capital
Bref, 1/3 dans le secteur de la défense avec une bonne profitabilité, ce qui aide grandement à la gestion des risques, une entreprise n'ayant pas une seule industrie comme client.
Quant à la reprise, la situation que vous décrivez est possible, probable, mais ce n'est pas la seule.
Certains experts s'attendent à un boom économique après la période de confinement pour rattraper tout ce qui n'a pu être fait, il est possible que beaucoup de personnes en ce moment fassent des économies du fait du confinement et qu'ils auront les moyens de voyager plus. Certains se réveillent d'une vie vécue à moitié et voudraient maintenant en profiter pleinement.
Donc une reprise puissante est possible. D'autant plus si on prend en compte les aides publiques qui devraient pleuvoir dans ce secteur.
Ce que j'avance n'est qu'une hypothèse possible, tout comme la vôtre. Comme on n'a jamais fait face à un tel cas, il est difficile d'anticiper la reprise et les impacts du virus sur la santé de l'économie.
Quant au B737 MAX, oui Boeing va souffrir de cette situation, et pourrait rapidement offrir un successeur, un appareil de la taille de l'A320 - A322 environ.
Mais le B737 MAX existant va être approuvé pour voler. Les compagnies aériennes elles aussi sont des machines à profits et comme le B737 va souffrir de sa réputation, les coûts d'achat seront probablement très intéressants, d'où le choix de IAG par exemple pour le B737 MAX après le grounding. Mais cet avion aura malgré tout une durée de vie de plus de 20 ans.
La question en suspens c'est de savoir à quel moment Boeing développera un successeur, et si ils vont produire ce qui est dans leur carnet de commande ou pas.
Et à cette question, la réponse est probablement oui. Airbus n'a pas la capacité de production pour répondre à la demande. De plus, les compagnies aériennes veulent d'une concurrence sans laquelle les coûts d'achat seraient trop importants et il n'y aurait plus d'intérêt pour le développement de solutions plus modernes. Donc Boeing sera là pour le moment.
Et l'autre point, c'est que Boeing fait partie des "too big to fail". Si un manque de liquidité se fait sentir, des investisseurs comme Warren Buffet viendront investir quelques milliards de liquidités pour augmenter le capital. Boeing a trop de valeur pour que les investisseurs laissent la division civile tomber.

Écrit par : Fab | 25/03/2020

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