17/12/2019

Boeing va suspendre la production du 737 MAX !

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On s’y attendait, l’avionneur américain n’a pas eu d’autre choix que d’annoncer la suspension temporaire de la production de la ligne des B737 MAX pour janvier. Boeing indique que les employés de production continueront le travail sur le « 737 » ou seront temporairement affectés à d'autres équipes.

Boeing produisait 52 B737 par mois, mais il a fallu réduire le taux à 42 appareils par mois en avril dernier. Boeing dispose désormais d'environ 400 B737 Max en stockage. De fait, Boeing prévoit, une fois l’autorisation obtenue de revoler, de donner la priorité à la livraison des avions stockés et de reprendre la production plus tard. La durée pendant laquelle l'entreprise arrêtera la production reste inconnue, tout comme la durée de l'échouement. 

« Nous avons précédemment déclaré que nous évaluerions continuellement nos plans de production si la mise à la terre Max se poursuivait plus longtemps que prévu", a déclaré Boeing dans un communiqué de presse ». Boeing qualifie cette décision de «moins perturbatrice pour le maintien à long terme du système de production et de la santé de la chaîne d'approvisionnement».

«Cette décision est motivée par un certain nombre de facteurs, notamment l'extension de la certification jusqu'en 2020, l'incertitude sur le calendrier et les conditions de remise en service et les approbations de formation mondiale et l'importance de veiller à ce que nous puissions hiérarchiser la livraison des produits stockés. », explique Boeing.

Pour l’instant, on ne connait pas les répercutions de l’arrêt de la production sur les différents équipementiers. Un arrêt de la production, aussi bref soit-il, pourrait se répercuter sur la chaîne d'approvisionnement de Boeing, qui comprend de grands fournisseurs comme le constructeur de moteurs CFM International et le constructeur de fuselage Spirit AeroSystems, ainsi qu'un nombre incalculable de petits fournisseurs de pièces.

La situation sur les mises à jour :

Boeing annonce avoir achevé les mises à jour du système de commande de vol du B737 Max, en particulier du système d'augmentation des caractéristiques de manœuvre, qui a été à l'origine de deux accidents.

La Federal Aviation Administration (FAA) n'a donné aucun délai pour autoriser l'avion à voler, bien qu'elle ait déclaré que plusieurs éléments, certains importants, restent incomplets.

Commentaire :

Si cet arrêt de production est en soi une solution temporaire viable, il est par contre impératif que le B737MAX puisse reprendre les airs dans des conditions de sécurités indéniables l’année prochaine. Par contre, si de nouveaux retards devaient être pris en compte, l’avenir du « MAX » en serait gravement compromis avec pour conséquence une situation très dangereuse pour Boeing. Des dégâts collatéraux apparaîtraient également en ce qui concerne le renouvellement de la flotte mondiale. En effet, Airbus ne pourrait seul, combler les besoins de modernisations des flottes des monocouloirs de 120 à 180 places.

Photo : Stockage de B737MAX @ Bloomberg

 

Commentaires

On s'approche d'une situation inédite dans l'aviation civile mondiale . Tout le monde a voulu à l'évidence minimiser l'importance de l'affaire du Max , mais elle va bien au-delà du simple incident technique : il apparaît aussi que même si l'appareil avait le droit de revoler , c'est la clientèle des compagnies concernées qui n'a plus confiance...C'est assez surréaliste , mais on peut penser à ce stade que Boeing , pour des raisons qu'il faudra analyser s'est engagé dans une impasse . Avec les difficultés non attendues par ailleurs sur d'autres appareils ( le 777 notamment ) , c'est même la survie de la firme qui est en cause , et il serait envisagé , côté autorités américaines de scinder l'entreprise en deux , d'un côté la partie aviation militaire , indispensable à la sécurité nationale , et la partie civile , dont l'avenir serait celui des entreprises mal gérées , laissée aux mains des investisseurs Et on pourrait bien se trouver prochainement dans la situation où , face à une demande qui explose , les compagnies aériennes mondiales n'aient plus , pour une période qui risque d'être longue , qu'un seul fournisseur : Airbus .

Écrit par : philbeau | 17/12/2019

Il se pourrait surtout que Boeing fasse l'objet d'opa de lockeed ou d'airbus, ce qui pour le premier signifiera une domination total de l'aéronautique américaine et pour l'autre, c'est entrée en enfonçant la porte des USA

Écrit par : Florian | 17/12/2019

De ce que je comprends :

Il fallait mettre des moteurs plus gros au 737 pour qu'il consomme moins. Pour maintenir une garde au sol suffisante, 2 solutions :

1) refaire l'aile et une partie du fuselage (bref, refaire l'avion) pour insérer des trains plus longs.

2) positionner les moteurs plus haut par rapport à l'aile et donc plus en avant. Et comme cette solution induisait des problèmes de comportement de l'avion, modifier le logiciel de vol avec une rustine.

Pour des raisons de coût et de délai, la solution 2 a été choisie. Il se dit que des cadres de Boeing ont protesté, trouvant cette solution malsaine et plus sain de de faire un successeur au 737, et qu'ils auraient été licenciés (si quelqu'un a des informations vérifiées à ce sujet ...).

Quand une solution technique est choisie pour de mauvaises raisons et en niant les problèmes qu'elle pose, ça se termine rarement bien.

Je soupçonne qu'on a laissé trop de pouvoir aux financiers et aux gestionnaires par rapport aux faiseurs d'avions. Je lis dans la presse des comportements tout à fait étonnants pour une firme aéronautique aussi expérimentée que Boeing, il semble par exemple qu'on ait demandé aux pilotes d'essai d'expurger leurs rapports de vol.

Bref, cette affaire 737MAX est le révélatrice de problèmes plus profonds chez Boeing et c'est pour cela qu'elle n'en finit pas : chaque fois qu'on creuse un problème, on en découvre un autre.

Écrit par : Franck Boizard | 17/12/2019

@philibeau : La situation du 737 obsolète qui doit être refondu a déjà 20 ans.
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Il est clair qu'en l'état des techno ces 20 dernières années, avec toute la maîtrise de boeing, ils n'auraient pas pu concevoir un avion beaucoup plus performant que le 320. En gros, c'était soit 10G$ d'investissement pour gagner 2 à 3% de d'efficacité, soit mettre (vraiment) en route les concepts futuristes dont nous sommes régulièrement abreuvé, et où manque toujours un détail de poids : des réacteurs adaptés, l'autorisation des autorités ou simplement la possibilité d'évacuer des passagers...
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Résultat, ils ont fait durer le 737 façon élastique sur lequel ils ont tiré jusqu'à ce qu'il casse.
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Le 737 est mal barré, même avec les corrections demandées, puisqu'il semblerait que les certificateurs, pris de panique, aient mis le nez dans les vieux dossiers, et qu'il suggère des modifs de structure sur des éléments de 1967 qui n'avaient pas été réétudiés alors que l'avion a plus doublé de masse et gagné 40 % en longueur... Du coup ce qui était bon pour un avion de 40 tonnes ne l'est plus pour ceux de 85 tonnes, sauf qu'il y a en a plus de 5000 qui volent tous les jours, notamment les 737-8...
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Ensuite, même si on imagine que le certificateur fasse le gros dos sur les avions déjà livrés, on se demande quand même comment Boeing va faire avec les 413 avions construits et en attente de livraison. Et il n'y a toujours pas de technologie miracle pour remplacer le "design" standard bi-réacteur sous les ailes.
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Airbus peut en effet se frotter les mains, mais il n'a pas la possibilité de quasi doubler sa production. Sans doute le C919 et le Irkut MC-21 essaieront de se profiter de l'aubaine.

Écrit par : v_atekor | 17/12/2019

Si vous voulez un bon topo historique sur les facteurs ayant amené Boeing à choisir la remotorisation plutot que le lancement d'un remplaçant tout noouveau je vous suggère de lire en détail cet excellent papier:

https://leehamnews.com/2019/03/20/boeing-didnt-want-to-re-engine-the-737-but-had-design-standing-by/

Les nombreux commentaires méritent également le détour!

Écrit par : Chris | 17/12/2019

Si vous souhaitez avoir une sorte de point de vue de l'intérieur de Boeing sur les raisons qui les ont amené à faire ce choix catastrophique je vous suggère le papier suivant :

https://leehamnews.com/2019/03/20/boeing-didnt-want-to-re-engine-the-737-but-had-design-standing-by/

Il s'agit des points de vue respectifs du patron de la division avions commerciaux et du chef de programme général 737 de l'époque du choix.

Si vous avez le temps interessez vous aux commentaires, certains valent le coup !

Écrit par : Chris | 17/12/2019

@V_Atekors: Non Airbus ne va pas se frotter les mains, il ne peut combler le vite du 737 et doit de son côté affronter son propre démon (moin grave) la fin de l'A380. Quant aux C919 et autre MC-21 non seulement ces constructeurs n'ont pas la capacité de produire en suffisance, mais ils n'ont pas non plus la confiance suffisante des transporteurs.

Écrit par : Mathieu | 17/12/2019

@ V_Atekor: d'ou vous vient cette idée de remplacer le design" standard bi-réacteur sous les ailes"? Celà ne change ne rien la remise en service de l'avion, la question n'est pas là. quant au 400 avions en attente, il recevront le logiciel corrigé et seront livrés aux compangies clientes. Ces avions ne sont pas en attente de client.

Écrit par : Eric | 17/12/2019

0v_atekor : Hélas Airbus , s'il se trouve dans une situation idyllique (et complètement inattendue !) , ne peut faire face à la demande ; et il doit faire très attention à conserver sa qualité de production dans un contexte d'augmentation des cadences . Après , ni le C919 , qui est à ce stade une plaisanterie (les Chinois n'auront pas avant longtemps leur Huawei en aéronautique , si cela arrive un jour) , ni le MC21 (les Russes , étonnamment pataugent dans le domaine civil , la faute sans doute à des problèmes extra-techniques , plutôt de l'ordre du manque de rigueur managériale et industrielle -corruption?- et surtout financières) ne sont à même d'apporter de solutions aux besoins colossaux des compagnies aériennes .
Je doute que Lockheed s'aventure , comme Florian émet l'hypothèse , à prendre en charge le canard boiteux qu'est devenue Boeing dans les avions civils . Par contre , on peut imaginer un développement massif des investissement (usines de production ) d'Airbus sur le sol américain , à condition de faire du "made in USA"...L'avenir est en fait dans les mains des motoristes : un saut technologique décidera peut-être du tenant du titre de premier avionneur mondial .

Écrit par : philbeau | 17/12/2019

@Mathieu : Airbus ne peut pas arriver à combler tout le manque à produire, mais il est passé de 42 à 72 appareil/mois en 4 ans (et représente 65% du marché), je pense que, sans doubler la production, il va encore gagner une bonne quinzaine de machine dans les 2 ans... ça se refuse d'autant moins qu'il casse comme ça les reins à Boeing.
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@Eric: La question se posait il y a 15 ans pour trouver une formule de remplacement pour les 737 et 320, et un concept en vogue était les propulseurs de type openrotor, réacteurs non carénées avec des pales géantes. Sauf que vu la taille des soufflantes n'aurait été possible de les mettre qu'en arrière du fuselage. Soit dans lignée des md11, soit à la place qu'occupe habituellement la dérive, avec donc deux dérives latérales.
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Ces concepts avaient été avancés tant par A que par B, mais A a jugé que les ces moteurs ne seraient pas prêts assez tôt et qu'il y avait urgence à cause des CSérie et superjet... Il a opté pour une remotorisation et a entrainé B dans son sillage qui ne pouvait se permettre de prendre du retard sur le sujet. ATR devait se lancer cette année sur un proto openrotor, je ne sais pas si c'est toujours d'actualité, je demanderai.
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Ca c'est pour l'historique. Pour les 400 avions en attente, il ne s'agit pas que d'une correction logicielle, malheureusement pour B, car s'il avait espoir que son bébé reprenne les airs début 2020 comme c'était annoncé, il n'aurait pas interrompu la production. Comme je l'indiquais, les agences de certifications Canadienne, Européenne... mais surtout US ont fait du zèle, et les problèmes ont été trouvé non seulement sur les MAX mais sur les -800...

Écrit par : v_atekor | 17/12/2019

@V_Atekor: le problème des NG n'est pas le même que pour le MAX, votre comparions s'arrête là. ATR a été freiné par pression d'Airbus me semble-t-il en ce qui concerne l'open rotor. ET Safran a encore du travail sur le sujet au dernière nouvelle.

Non, l'arrêt de production vient surtout du fait qu'il n'y plus d eplace pour stocker les aéronefs, rien à voir avec un espoir de reprise , qui est lui bien présent.

Écrit par : Eric | 17/12/2019

@V_Atekor: car s'il avait espoir que son bébé reprenne les airs début 2020 comme c'était annoncé, il n'aurait pas interrompu la production. Comme je l'indiquais, les agences de certifications Canadienne, Européenne... mais surtout US ont fait du zèle, et les problèmes ont été trouvé non seulement sur les MAX mais sur les -800...

Et, bien vous devriez être à la tête d'Airbus mon cher, à vous lire vous êtes l'expert des experts !! Sauf que vous raccourcicez un peu vite les choses...

Écrit par : Hervé | 17/12/2019

Des configurations alternatives à la classique "réacteurs 'matés' sous les ailes" sont étudiées depuis longtemps.

J'aime bien les moteurs en queue, façon Caravelle, parce que c'est plus silencieux pour les passagers.

Écrit par : Franck Boizard | 18/12/2019

@v_atekor : L'Openrotor fait toujours l'objet d'études ; certainement un axe de progression dans les motorisations futures en termes de rendement et donc d'économies :
https://www.youtube.com/watch?v=pcTX4458HMU

Écrit par : philbeau | 18/12/2019

Une réponse partielle, aux questions que vous vous posez tous…

https://www.defense-aerospace.com/articles-view/release/3/208335/can-boeing-recover-from-737-max-production-halt%3F.html

Écrit par : forêt10 | 18/12/2019

@florian
Bigre une OPA sur Boeing… méme si c'était possible ,je ne pense pas que ça soit l'idée du siécle et le Gouvernement américain n'accepterait jamais ça. On a beau faire les guéguéres de subvention vavec l'UE, l'OMC etc c'est du cinéma..tout le monde le fait.Faut pas trop se faire voir c'est tout. Et puis un seul contructeur mondial?? ça n'encourage pas la recherche et la découverte..déjà qu'a 2 on voit le travail. NOn selon moi les américains sont réactifs et ils vont faire le ménage.MAis le plus important de la leçon comme dit Boizard , c'est que les financiers et gestionnaires ont pris trop d'importance ,c'est eux qu'il faut virer,; je ne crois pas un seul instant que tout d'un coup les ingénieurs et techniciens de Boeing seraient des incapables ;allons allons..Ca fait 1 siecle depuis la Grange Rouge..et ils ont un savoir faire indéniable. Ce sont les erreurs de stratégies sur les monocouloirs qui ont engendré tout ce merdier (peut etre involontairement poussés par AIRBUS qui s'est mieux débrouillé dans sa vision à terme devant les nouveaux marchés, c'est tout. Qu'ils tirent leur épingle du jeu momentanément c'est la dure loi du sport.Au final c'est la confiance des passagers qui devra étre regagnée.. les compagnies vont devoir drôlement faire de la Com..

Écrit par : lotser68 | 21/12/2019

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