14/12/2017

Dassault suspend le Falcon 5X !

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C’est une décision rare que vient de prendre l’avionneur français Dassault Aviation avec la suspention du programme Falcon 5X. Dassault Aviation engage le processus de résiliation du contrat Silvercrest conduisant à l’arrêt du programme Falcon 5X et annonce le lancement d’un nouvel avion avec une entrée en service en 2022.

Les problèmes du Silvercrest :

Le moteur du Falcon 5X, le Safran (ex SNECMA) Silvercrest souffre de nombreux problèmes de mise au point. Le Silvercrest, qui devait entrer en service en 2013, a accumulé les problèmes. En mars 2015, Safran a annoncé un premier décalage de livraisons à 2017, mais sans impact sur le 5X. Dès octobre 2015, Éric Trappier déclare s'attendre à un impact sur le nouveau jet d'affaires. Début 2016, le programme est à nouveau décalé de deux ans, la production du 5X est gelée et la première livraison reportée à 2020. Ces nombreux retards ont finalement suscité l’inquiétude des clients et provoqué des annulations de commandes (12 en 2016).

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Équipé de moteurs provisoires non conformes aux spécifications, le Falcon 5X a réalisé son 1er vol le 5 juillet 2017 et entamé une campagne d’essais préliminaire limitée par les capacités du moteur. Le comportement de l’avion s’est révélé conforme aux attentes. À l’automne 2017, Safran a rencontré des problèmes sur le compresseur haute pression et a informé Dassault Aviation d’un retard supplémentaire et de nouvelles dégradations de performances, rendant impossible l’entrée en service de l’avion en 2020.

Au vu de l’ampleur des risques techniques et calendaires du Silvercrest, Dassault Aviation engage le processus de résiliation du contrat Silvercrest conduisant à l’arrêt du programme Falcon 5X et prévoit de lancer des négociations avec Safran en ce qui concerne des pénalités.

Un nouvel avion :

Dassault Aviation, prépare déjà un projet de nouveau Falcon, équipé de moteurs Pratt & Whitney Canada. Ce nouvel avion reprendra le fuselage du 5X, aura un rayon d'action de plus de 10.000 km (5500 nautiques) et sera mis en service en 2022. Ce nouveau jet répondra aux besoins des clients pour un avion à long rayon d'action et à large cabine. Besoins qui restent «intacts», souligne Éric Trappier, dans un communiqué. 

 

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Photos : 1 Le Falcon 5X 2 Le Silvercrest@ Safran 3 Roll out du Falcon 5X@ Dassault aviation

Commentaires

La décision de Dassault de quitter le programme "Silvercrest" pour un moteur PW Canada avec une possible mise en service pour 2022, m'amène à la réflexion suivante:

Dassault, et son CEO M Trappier, semble faire le pari d'une possible victoire du Rafale au Canada.

Dans un communiqué du gouvernement canadien, l'appel d'offre définitif aura lieu en début 2018, et il est clairement mentionné que non seulement ce pays veut des offsets importants (min. 5 Md$) mais surtout des conditions d'échanges afin que "l'économie canadienne puisse en profiter pleinement et pendant longtemps".

Alors Dassault, prend carrément le risque de froisser Safran*, au profit d'une vente hypothétique de Rafale au Canada.
Le choix du moteur PW Canada, économiquement parlant tient la route, un 5x sur sa durée de vie, remplira largement les conditions canadienne (5 Md$) ainsi que sur la charge de travail pour ce pays pendant de nombreuses années.

*Bien sûr, "SI" le pari est gagné, Safran aura largement sa compensation (88 avions, représentent un minimum de 200 moteurs M88).

Toutefois il y a un "SI", il faut que le Rafale gagne!
Entre nous; quelles sont les chances de victoire? 20 à 30% au grand maximum.
Soit pas grand-chose...
Je rappelle à ce sujet, une démonstration que j'ai déjà eu l'occasion de vous décrire naguère; si le résultat de la "SWOT-Matrix", n’atteint pas au moins 50%, les chances sont minimes, voire nulles.
Alors pour une décision très aléatoire du conseil dirigeant de Dassault, on met en péril la renommée, du principal fournisseur de moteur militaire de son propre pays.

J'ajouterai, pour terminer, que ayant suivi de près, la genèse du "Silvercrest", le développement de ce moteur était en bonne voie.
Certes, il restait quelques points noirs (PW sur le 1100 G a aussi de gros problèmes à résoudre) encore à régler, mais la mise en service définitive du 5x en 2020 était acquise.

En outre, qu'elle va être la décision de Cessna, client également du "Silvercrest"?

Écrit par : forêt10 | 15/12/2017

@Forêt10 ; sur ce coup, je ne partage pas votre avis. D’une part Dassault a épuisé toutes les solutions d’attente pour le Silvercrest avec en plus des annulations, ce qui n’est pas bon pour le lancement d’un nouvel aéronef. De l’autre, l’avionneur et le motoriste sont liés par un contrat et chacun se doit de tenir ses engagements. Malheureusement Safran n’a pu régler les maladies de jeunesse de son nouveau produit en temps et heures. En refusant ce moteur Dassault ne met pas en péril le motoriste qui a d’autres produits disponibles.

Votre hypothèse du Canada met la charrue avant les bœufs, d’une par le choix de P&W est mon sens motivé par le fait que motoriste canadien dispose d’un moteur suffisamment avancé et qui répond au besoin du 5X. Quant à l’éventuel choix du Rafale par le Canada, le fait que ce pays s’est déjà engagé financièrement sur le F-35 et que les besoins d’interopérabilité sont primordiaux avec les USA, le choix d’un avion européen à forte raison le Rafale est peu probable.

Écrit par : Steeve | 15/12/2017

Choisir le motoriste canadien n’engage en rien le pays à acheter votre propre production. Pilatus est un client de la première heure pourtant, le Canada n’a jamais opté un appareil suisse.

Imaginez le Bombardier devoir travailler avec Dassault alors que les deux sont directement concurrent en matière de jets privés. A terme cela poussera le plus gros à racheter le plus petit avec les conséquences que l’on sait en matière d’emplois.

Écrit par : Florence | 15/12/2017

Florence : Vous ne pensez pas si bien dire, avec Airbus qui travaille dorénavant sur le CSeries, une absorption à terme de la division aviation de Bombardier pourrait bien être scellée à terme avec l’avantage de ne pas avoir de doublon. Alors un choix de l’Eurofighter pour le Canada est-il envisageable ? Difficile à dire face au F-35 et pourtant ...

Écrit par : Martin | 15/12/2017

@Martin: vous pensez à une forme de pression d’Airbus sur les sites de production au Canada pour tenter de placer l’Eurofighter ?

Écrit par : Florence | 15/12/2017

@Florence : Je ne sais pas si cela est du domaine du possible, mais oui effectivement.

Écrit par : Martin | 15/12/2017

@forêt10: sur ce coup, je ne te suis pas. Dassault est surtout super mal sur son programme F5x. Qu'il essaie de d'arranger la sauce au Canada est de bonne guerre, mais il a surtout besoin d'un moteur.

Écrit par : v_atekor | 15/12/2017

@Martin : je n'y avais pas pensé, mais en effet il y a un coup énorme à jouer pour Airbus, plus que pour Dassault (qui aura besoin d'un moteur dans tous les cas).
.
A mon avis, ça tombe trop tôt ou trop tard. Trop tard pour l'EF. Il faudrait que l'Allemagne se décide à investir suffisamment pour pouvoir motiver le Canada à participer alors qu'ils ont déjà des billes sur le F35, hum hum... et trop tôt pour son remplaçant, car le F35 aura fait son trou avant.

Écrit par : v_atekor | 16/12/2017

Dans l'ensemble, c'est une décision tellement énorme qu'on a du mal à comprendre ce qui se cache derrière et à ne pas se satisfaire du "moteur pas top". À 1 milliard d'€, ça fait cher la baffe de Dassault à Safran.

Écrit par : v_atekor | 16/12/2017

Vous tirez de plans sur la comète; des paris pareils avec des enjeux si importants, aucune entreprise ne les prend avec des chances de succès si improbables.

Écrit par : Al&X | 16/12/2017

Cela fait 4 ans que le 5X devait être commercialisé et si je ne me trompe pas, Safran avait annoncé que le Silvercrest devait être prêt pour la fin 2017. Comme ce n'est pas le cas, Dassault a préféré changer de stratégie plutôt que de continuer à décaler sans cesse la sortie du 5X et perdre davantage de commande. La suspension du 5X est au final un pari technologique qui n'a pas réussi. Par contre, il reste du travail à Safran car le Silvercrest est aussi destiné au Cessna Citation Hemisphere.

Quand aux implications sur l'achat des Canadiens, il est purement fantaisiste. Les canadiens achèteront le F-35 et rien d'autre, EF et Rafale sont juste là pour tirer les prix vers le bas sur le F-35. Le gouvernement canadien honorera ainsi sa commande vis-à-vis de LM et des USA et pourra se tourner vers la société canadienne en lui expliquant qu'ils ont réussi à obtenir un prix bien plus avantageux que celui proposé dans le premier appel d'offre.

Le gouvernement canadien commence à être un habitué des magouilles en tout genre: il a déjà modifié en cours de route l'appel d'offre sur l'achat de frégates pour pouvoir inclure le projet T-26 de BAE et de LM Canada et en a profiter pour rejeter l'offre franco-italienne pourtant avantageuse de 30 Mds de $.

Écrit par : riso | 16/12/2017

Aux dernières nouvelles, le choix du moteur serait le PurePower 800...

Hum?; ce moteur est basé sur le même principe que le PW 1100, dont Airbus (dixit Fabrice Brégier) et surtout Qatar Airways, ne veulent plus entendre parler, n'a jamais été installé sur un autre avion.
Le Cessna Columbus avait été un moment pressenti avec ce moteur, puis abandonné.
Pas sûr que ce choix soit meilleur que le Silvercrest...

Écrit par : forêt10 | 04/01/2018

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