08/12/2015

Première étape de la police aérienne 24/24 !

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Payerne, la disponibilité opérationnelle en matière de service de police aérienne sera réalisée progressivement d’ici à la fin 2020. A partir de là, deux avions seront prêts à l’engagement 24 h sur 24 pendant toute l’année. Mais avant d’en arriver là, le dispositif des Forces aériennes va progressivement monter en puissance. La première étape de réalisation va démarrer en janvier 2016. Deux F/A-18 armés seront alors prêts à décoller en l’espace de 15 minutes au maximum, et cela cinq jours par semaine, entre 8 heures et 18 heures. Je vous propose de voir les détails de la préparation du projet PA24 (Police aérienne 24/24), ainsi que l’ensemble des éléments connexes qui sont encore méconnus du grand public.

 

Le projet :

Le projet PA24 va permettre de réaliser en quatre étapes la disponibilité opérationnelle permanente avec deux avions armés prêts à décoller en l’espace de 15 minutes au maximum (la détection d’un avion s’effectue bien avant son entrée sur notre territoire). La première étape va démarrer en 2016 : les avions seront prêts à être engagés du lundi au vendredi, de 8 h à 18 h, pendant 50 semaines. Cette présence sera étendue à 365 jours en 2017. A partir de 2019, les avions seront prêts à intervenir de 6 h à 22 h. A la fin 2020, ils seront disponibles 24 h sur 24 pendant toute l’année.

 

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Les deux appareils seront affectés à des «Hot Missions» et à des «Live Missions». Dans le premier cas, il s’agit d’intercepter des aéronefs qui violent gravement les règles du trafic ou la souveraineté sur l’espace aérien de la Suisse. Par «Live Missions», en revanche, on entend le contrôle ponctuel des aéronefs d’Etats étrangers qui requièrent pour le survol du territoire suisse une « diplomatic clearance ».

 

Base d’affectation :

Le site principal choisi pour le projet PA24 est la Base aérienne de Payerne environ 10 à 11 mois de l’année. Toutefois, pendant la fermeture de la piste, les vols se dérouleront à partir d’Emmen ou de Meiringen en fonction de la disponibilité.

 

Moyenne des interceptions aériennes aujourd’hui :

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Le Colonel EMG Jérôme d’Hooghe pilote de F/A-18 nous confirmait hier, sur le site de l’aérodrome de Payerne, les chiffres suivants en ce qui concerne les missions d’interception dans le ciel helvétique :

Par année une moyenne de 300 interceptions. Par ailleurs, on dénombre au 29.11.2015, 37 « Hot Missions » et 44 violations de notre espace aérien, ce à quoi, il faut ajouter les vérifications d’aéronefs et l’aide aux avions en difficultés (chiffres non communiqué pour l’instant).

 

Ce qui va changer :

Aujourd’hui, les missions de police aérienne s’effectuent aux heures de bureau et le déroulement avec généralement une patrouille d’avions en vol, qui est déroutée en direction de l’avion qui doit être contrôlé. Ce mode de fonctionnent pourra à l’avenir continuer, si, il s’agit d’une simple vérification, par contre avec la mise à disposition de deux F/A-18 armés prêt à décoller, il sera possible et de manière progressive d’intercepter et le cas échéant de contraindre un appareil à se poser ou à être conduit hors de notre espace aérien.

Il faut également noter que notre pays va continuer à travailler en partenariat avec nos voisins, avec l’échange de données radars et la possibilité à terme de partager l’interception d’un avion même la nuit.

 

Pourquoi faut-il attendre 2020 ?

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Pour beaucoup de citoyennes et citoyens, il est incompréhensible que la mise en activité de notre police du ciel, soit aussi lente à mettre en œuvre. A cette question le commandant de la base aérienne de Payerne, le Colonel EMG Benoît Studemann explique les raisons de la montée en puissance progressive : la mise en activité du projet PA24 demande une réorganisation en ce qui concerne le personnel de la base. En effet, pour assurer le bon déroulement d’une patrouille de F/A-18 de jour comme de nuit et les week-ends, il devient impératif d’augmenter le nombre du personnel au sol et ceci afin d’assurer un tournus de celui-ci. Mais ce personnel requiert une formation particulière, dont la moyenne est de trois ans. Par exemple, il faudra 9 contrôleurs aériens supplémentaires, Skyguide ne peut former que deux nouvelles recrues par année et il faut trois années pour être qualifié.

 

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Conséquences indirectes de la PA24 :

Hormis la compétence de pouvoir assurer la police du ciel «24/24», le projet va permettre de créer de nouvelles places de travail, soit une centaine d’ici 2020. De plus, les mécaniciens qui seront de piquet la nuit et les week-ends travailleront, notamment à la maintenance des F/A-18, ce qui va permettre d’augmenter la disponibilité de la flotte.

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Du point de vue économique, l’ouverture de la base de Payerne permettra du même coup la mise en place de vols civils pour les entreprises de la région.

 

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Et le bruit ?

Cette augmentation de l’activité aura-t-elle une conséquence sur le bruit dans la région ? Le survol de notre pays est particulièrement dense la journée et se raréfie la nuit, le risque d’un décollage d’urgence avec avions de combat est faible, mais ne peut être exclut. Le développement de l’activité civile amènera certes, quelques nuisances, mais durant le jour et non la nuit, par ailleurs, les avions civils sont nettement moins bruyants que les jets militaires.

 

Commentaire :

Non, la police du ciel ne peut se faire en un jour et demande la mise en place d’une importante structure sur la base aérienne de Payerne. La formation et l’emploi en sont les maîtres mots. A l’évidence, avec une volonté politique plus précoce, nous aurions pu disposer d’une telle sécurité bien plus tôt, mais les diminutions des budgets militaires de ces dernières années permettaient pas la concrétisation d’un tel projet. Mais attention, la mise en place de la police du ciel 24/24 est un élément très important, cependant celui-ci répond à un besoin spécifique en tant de paix et en situation normale. Les choses sont différentes en cas de tensions internationales et en cas de conflits et là c’est un renforcement de la dotation en avions de combat qu’il va falloir relancé.

 

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Photos : 1 Hornet contrôlant un Global 5000 du gouvernement allemand @ Swiss Air Force 2 Colonel EMG Jérôme d’Hooghe 3 cmdt de la base de Payerne le Colonel EMG Benoit Studenmann @ P.Kümmerling 4 Hornet en escorte d’un A380 @ Swiss Air Force

 

Commentaires

Bravo pour votre excellent article de vulgarisation portant sur la défense aérienne de votre pays! J'espère que vos compatriotes seront nombreux à lire cet article. Les canadiens sont ignorants et indifférents quant à la problématique aux de la défense de leur pays sauf lors l'achat de coûteux d'achats de matériels pour celle-ci comme les F-35. Lors de la dernière campagne électorale, aucune manchette dans les médias à propos des questions de la défense du pays et une journée consacrée au sujet la politique étrangère du Canada... Le nouveau premier ministre élu Justin Trudeau a promis de retirer les CCF-118 de la coalition et de remplacer les CCF-118 actuels par des aéronefs plus abordables que les F-35 en ouvrant un nouvel appel d'offres.

Écrit par : Simon Perrault | 08/12/2015

Une QRA à 15 minutes, pour un pays à la superficie aussi réduite, est-ce véritablement pertinent d'un point de vue efficacité ? Il me semble qu'un aéronef à réaction, même subsonique, est capable de traverser la Suisse en moins de temps que cela...

Écrit par : Matt | 09/12/2015

Peut-on connaitre l'auteur de la photo du F18 + A380 ?
J'aimerais bien le contacter pour sa photo.

Écrit par : Schmid Nicolas | 09/12/2015

@Matt : Il s'agit ici du temps maximum en tenant compte qu'un avion est détecté bien avant de passer la frontière. En cas de "Hot Missions"" le temps de réaction de la QRA est peu être de 3 minutes.

Fausse idée que l'on peut traverser notre pays en 15 minutes, un vol Genève Zürich dure déjà 30 minutes.

Écrit par : Pk | 09/12/2015

@Nicolas Schmid : Il vous faut contacter le service de presse du DDPS.

Écrit par : PK | 09/12/2015

@Matt: Une traversée de la Suisse du Lac de Constance à Genève (ce n'est pas la plus grande distance, mais seulement une trajectoire Nord-Est/Sud-Ouest possible) à Mach2 durerait 15 minutes environ. Et comme l'a dit Pascal, la détection se fait bien avant le passage de la frontière (surtout à haute altitude).

@PK: "En cas de "Hot Missions"" le temps de réaction de la QRA est peu être de 3 minutes."
Celà veut dire que le temps de réaction pourra être descendu à 3 minutes? Et merci pour l'article.

Écrit par : Jo-ailes | 09/12/2015

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