23/08/2013

Gripen E, les dessous d’un deal !

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Mardi prochain, la sous-commission de sécurité du Conseil National se réunira à Winterthour pour décider du choix du Gripen E.

 

Les faits :

 

Sur le plan technique, il n’y a plus rien à reprocher au Gripen E, l’avion correspond au cahier des charges de notre pays, il s’intègre parfaitement à nos infrastructures et l’avion est même «très bon» là où on le lui demande de l’être.

 

En matière de coopération industriel, le dernier rapport de swissmem (voir article) juge l’opération « très satisfaisante ». Et encore ce matin, nous apprenions que l’entreprise genevoise Jean Gallay SA, allait travailler avec Saab sur un contrat pour un fournisseur.

 

Le calendrier du programme Gripen E est respecté à la lettre, aucun retard n’est à déplorer et l’industrialisation des trois avions de préséries a débuté, toujours conformément au "timing". L’actuel Gripen F de développement vole avec le radar AESA ES-05 « Raven » de série, l’IRST est également monté sur l’appareil.

 

La Suède a passé commande de 60 Gripen E, notre pays n’est donc pas le seul client et notre commande s’ajoute à celle des suédois. Nous pourrons d’ailleurs collaborer avec eux, puisqu’il est prévu que, dès l’année prochaine en plus des équipes d’armasuisse qui travaillent sur le sujet, un pilote et un ingénieur suivront l’avancée des travaux directement chez Saab au sein des installations de Linköping.

Un programme commun armasuisse/Saab d'atténuation des risques est en cours d'élaboration, afin, de supprimer les risques de développements.

 

Le paiement :

 

 

L’ultime point de divergence de la sous-commission concernait le paiement. A la négociation du contrat, Saab demandait un versement de 2 milliards (66%) avant livraison et le solde ensuite.

Pour nos politiciens, ce montant était inacceptable et ceux-ci militaient pour 15% du prix total.

 

Saab a revu sa copie et le contrat définitif demande un premier versement de 1 milliard (40%) avant livraison, le reste en plusieurs versements (montants non communiqués). Signalons également la mise en place de contreparties payées par l'Etat suédois en cas de retard de livraisons, 12 millions.

 

 

Beurre, l’argent du beurre et la crémière ?

 

Chacune des deux parties tire donc son épingle du jeu, la sous-commission ne sera peut-être pas satisfaite à 100%, mais, l’ensemble du projet est bon, difficile de demander plus et ceci d’autant plus que nous avons obtenu un rabais de près de 20% sur le prix total ! Ajoutons qu’un juriste suédois, mandaté par armasuisse, a pu consulter le document et le service juridique en a conclu que «les garanties et assurances sont clairement régies et appuyées par un système de règlement de litige avantageux ».

 

Il est vrai qu’un milliard représente une coquette somme, mais de toute manière il faudra bien la payer, de plus, un autre appareil aurait coûté plus cher. En conséquence le projet est viable pour nos deux pays.  

 

 

 

 

 

 

 

 

Commentaires

Excellente présentation de la situation et, au monde, que pourrions-nous contester dans cette nécessaire opération ? Rien si on y met l'intelligence au service de la vision du développement économique et du maintien de la sécurité et du respect du pays.

Écrit par : René Bart | 24/08/2013

Effectivement, un refus de cette commission montrerait qu'elle est simplement contre l'armée, contre les avions peut importe le modèle.

Connais-tu Pascal le coût à l'heure de vol d'un Gripen E ?

Écrit par : Steeve | 24/08/2013

Hello Steeve,

On annonce un coût à l'heure de vol de CHF 4'700.--. Il faut y ajouter les frais de maintenance, la logistique pour arriver à un montant TTC de CHF 5'303.-- .

Par comparaison on est très en-dessous des appareils concurrents, dont le plus bas est de CHF 6'000.-- et le plus haut CHF 16'900.-- tout compris (F-16, Super Hornet, Rafale, Eurofighter, F-35).

Écrit par : PK | 24/08/2013

Il y a eu, semble-t-il, une dernière offre très avantageuse (meilleur "marché" que Saab) de Dassault pour des Rafales, ne serait-pas intelligent de l'analyser?

Écrit par : McCall | 24/08/2013

Dernière question, comment se fait-il qu'il n'y avait pas d'avions américains dans les avions testés?

Écrit par : McCall | 24/08/2013

Bonjour McCall,

Pour vous répondre, Dassault a effectivement transmis deux offres. Ces deux offres posent néanmoins quelques problèmes : au niveau des coûts, elles ne tiennent pas compte qu'avec le Rafale, il faille adapter l'infrastructure d'au moins deux aérodromes, soit un surcoût minimum de CHF 250 millions, de fait on redevient plus cher que le Gripen.

Le standard offert du Rafale et le F3.3. Il manque le viseur de casque, l'optronique (IRST) n'est pas synchronisée, l'avionique oblige l'achat de biplace pour la formation ce qui n'est plus le cas pour le Gripen.

Concernant une offre américaine, le Super Hornet était prévu pour une évaluation, mais Boeing s'est retiré de la compétition au printemps 2008. En effet, le cahier des charges suisse demandait que 100% des compensations (Offsets) devaient être signées à la conclusion du contrat avec la Suisse, de plus, notre industrie doit devenir partie prenante dans le développement futur de l'avion. Ces deux points ne pouvant être garantit par Boeing, le constructeur a décidé de quitter la compétition.

Écrit par : PK | 25/08/2013

cela fait fait des mois que je regarde depuis la France votre débat pour votre nouvel avion.
Je pense que pour assurer la défense de la Suisse le Grippen E semble le meilleur rapport qualité/prix.
Reste qu'il y a encore un long chemin avant la mise en service et que on peut comprendre l'amertume de Dassault sur le fait que les règles initiales n'ont pas été respectées.
contrairement à ce j'ai pu lire ici parfois, le Rafale est un avion très supérieur au Grippen E qui a notamment un rayon d'action très inférieur qui fait même débat en Suède mais qui ne posera pas de problèmes en Suisse.

Enfin je suis un partisan d'une défense européenne plus unie au sein de l'OTAN et je voulais savoir s'il avait un débat en Suisse sur la neutralité sachant que votre pays est de plus en plus intégré à l'économie européenne et que je vois plus de menaces contre vos intérêts et vos expatriés loin de vos frontières que sur votre territoire.

Écrit par : françois | 29/08/2013

En ce qui concerne les règles initiales, comme vous dites, elles ont été parfaitement respectées, l’évaluation devait tenir compte des évolutions de chacun des projets et de la réelle réalisation de ceux-ci. Les trois constructeurs ont pu également ajuster leurs offres et connaissaient parfaitement les demandes, techniques financières et compensatoires du dossier.

Question rayon d’action, effectivement le Gripen E est l’avion ayant le rayon d’action le plus court des trois, mais cela n’a aucune importance en effet, au vue de la taille de notre pays.

Il existe effectivement un débat sur la neutralité armée de la Suisse, la majorité du Peuple soutien le maintient de celle-ci. Mais il est évident qu’en matière de défense aérienne, il existe une collaboration avec nos voisins directes (France, Allemagne, Italie, Autriche) avec lesquels nous travaillons en partenaire à l’équilibre centre-europe .Des exercices communs ont lieu régulièrement avec notamment des échanges d’informations.

Effectivement, il existe un réel problème avec les Suisses de l’étrangers, la mis en place d’une unité de commandos susceptible de les exfiltrer existe, mais par manque de vision de certains politiques, l’achat d’avions de transport a été reporté malheureusement.

Écrit par : PK | 29/08/2013

Sur les règles initiales, on est passé du meilleur avion dans un budget maximum à ne pas dépasser à l'avion le moins cher avec des performances minimums à respecter. Cela semble subtil mais ça permet de justifier un choix qui est pour une grande part politique avec une volonté de punir la France, l'Allemagne et l'Italie (dixit de nombreux politiques suisse notamment de l'UDI).
Obama a fait de même pour justifier le choix de Boeing (gros contributeur à sa campagne électorale) pour les nouveaux ravitailleurs.

Ceci dit, le Grippen fera très bien le boulot de défense de territoire mais pas plus et la volonté de contrôler les dépenses publiques est respectable (parole d'un contribuable français).

Écrit par : françois | 30/08/2013

François, je comprends votre réaction, mais je ne la cautionne pas. En effet, vous avez parfaitement raison en ce qui concerne les USA et le marché des ravitailleurs, l’administration Bush (tant décriée en Europe) avait choisit le’A330 MRTT à juste raison, alors que l’administration Obama a volontairement modifié le cahier des charges avec le résultat que nous connaissons. Boeing ayant ensuite soutenu la ré-élection de celui-ci !

En Suisse, le cahier des charges n’a jamais été modifié. Effectivement en 2008 le démonstrateur Rafale du moment était l’avion le plus évolué, le proche du cahier des charges. D’ailleurs, à l’été 2010 le Rafale devait techniquement remporter l’offre avec le standard F3.04T. Malheureusement, les finances n’ayant pas été définies correctement par le Parlement, il y été décidé de repoussé la décision.

A l’automne 2011, les trois constructeurs ont eu l’occasion de proposer une nouvelle offre sur le standard le plus élevé disponible. Dassault proposait alors le F.3.3 soit un appareil ne disposant pas du viseur de casque (Gerfaut de SAFRAN idéalement proposé) l’optronique frontale n’est pas synchronisée, le pod « Damocles » ayant été jugé insuffisant, le tout pour 4 milliards.

Saab ayant rattrapé sont retard offrait un Gripen E MS21 complet, avec un radar ES 05 « RAVEN » AESA ouvrant à 200°, viseur de casque COBRA II, IRST synchronisée, avionique dernière génération et une gamme de système de reconnaissance validé du : RECCELITE israélien au DRJP de Thales, sans parler des désignateurs laser ATFLIR et SNIPER.

Le tout sans adaptation des infrastructures, puisque le Gripen E plus compact s’y adapte parfaitement.

Bref, on retrouve ici un peu l’histoire du lièvre et de la tortue.

J’espère avoir éclairé votre vision, sans vous blessé, car effectivement le Rafale est un excellent avion, qui malheureusement subit aujourd’hui des retards non pas consécutif à l’industrie aéronautique mais bien politiques ! Et c’est parfaitement dommageable non seulement pour Dassault, mais surtout pour les nombreux emplois de cette belle entreprise !

Écrit par : PK | 30/08/2013

Les Gripen et à plus forte raison le Gripen E sont tous une capacité de ravitaillement en vol, perche rétractable.
Par ailleurs le standard E dispose de 25% de carburant en plus. Dans sa version intercepteur pure, le Gripen E emporte 7 missiles METEOR et deux IRIS-T.

Écrit par : PK | 30/08/2013

En cas de refus du gripen, la Suisse envisagerait-elle quand même d'acheter les bombes paveway et les pods de reconnaissance prévus dans le PA12 pour équiper les F-18?

Écrit par : Pepe | 09/09/2013

Non, il n'y aurait pas de ré-équipement sur les Hornet.

Écrit par : PK | 09/09/2013

ne pas ce fier actuellement avec le sondage qu'il y a eut ces derniers jours indiquant que 60% ne voulait pas de nouveaux avions de combat.

lors de l'achat du F18 les sondages étaient neégatif envers l'avion, cette fois le vote du peuple devrait être meilleur en faveur du gripen, déjà en période de conjoncture qui redonnera un peu de souffle aux entreprises.

Écrit par : michel | 09/09/2013

Lors du vote pour le FA-18 en 1993, les partisans du Frelon avaient aussi commencé avec des sondage catastrophiques, ... avant de gagner. Alors pas de défaitisme, ce n'est pas perdu.

Si une guerre devait malgré tout être lancée contre la Syrie, alors les Suisses se rendraient rapidement compte (une fois encore) de l'importance énorme de l'espace aérien en termes de défense.

Combien de temps 33 FA-18 sont-ils en mesure d'assurer 24h / 24h la protection de notre espace aérien? Après quelques petites semaines notre aviation serait au bout en raison de l'explosion des besoins d'entretien des avions en cas d'engagement intensif. Et cela sans même prendre en compte la plus petite perte. Disposer d'un nombre suffisant d'aéronefs de dernière génération n'est donc pas un rêve pour "pilote gâté", mais un vrai besoin.

Les armées qui nous entourent n'ont elles-mêmes plus de quoi faire face à leurs propres besoins. S'imaginer qu'ils puissent nous aider serait non seulement un abandon invraisemblable et inadmissible de souveraineté, mais en plus ce ne serait pas réalisable sur le plan pratique.

Et à ceux qui veulent attendre que l'Europe soit à feu et à sang pour faire une telle acquisition, il doivent comprendre qu'un pilote prêt pour le combat cela ne se trouve pas dans des paquets surprise, que rendre cohérente une force aérienne demande des années de travail et que le jours où la situation sera aussi grave, alors tous les pays voudront rattraper en même temps leurs retards et se sont les pays producteurs qui se serviront en premier, longtemps avant la Suisse qui restera alors désarmée.

Écrit par : Steeve | 10/09/2013

Que de irréprochables articles. vous êtes un bon rédacteur, quoiqu'il en soit tout simplement le sentiment que j'éprouve en vous lisant. Je vous félicite pour votre sérieux et votre créativité en vous désirant une bonne réussite puis à bientôt sur d'autres articles.

Écrit par : paris sportifs en ligne | 01/04/2014

Je vais mettre cet produit dans mes favoris

Écrit par : paris sportifs en ligne | 02/04/2014

Et dire que je ne connaissait pas ce site web, vous voila dans mes favoris !

Écrit par : site de paris sportif | 02/04/2014

Malheureusement, cette histoire de communications soi-disant à la portée de la NSA tombe mal. Je n'y crois pas une seconde, pas davantage que je ne crois au fait que le constructeur de votre voiture ne puisse en tirer parti parce qu'il détient le code de vos clefs.

Etant convaincu de la nécessité de cet achat pour la Suisse et la qualité de l'offre, je déplore le manque de réactivité du département de la défense, qui réagit avec retard et toujours, en laissant l'impression qu'il a été pris les doigts dans la confiture.

L'autre gros exemple étant cette histoire des heures de bureau pour la police du ciel. On attendrait de la part du ministre et des milieux politiques défendeurs non seulement de la réactivité, mais une vraie campagne qui puisse contrer la malhonnêteté intellectuelle des opposants.

Écrit par : badcox57 | 02/04/2014

Entièrement d'accord avec vous, dadcox57, concernant le manque de réactivité et l'impression qui est laissée.

L'autre point que je reprocherai au département de la défense, c'est de ne pas insister sur le fait que cet argent appartient à l'armée et ne sera en aucun cas dépensé par un autre département!
Trop de fois on entend encore "cet argent devrait être utilisé pour notre retraite, ou pour les routes, etc." Je suis sûr que si ces personnes savaient que cet argent, s'il n'était pas utilisé pour des avions, il le serait pour des obusiers blindés (par exemple), ils changeraient d'avis et accepteraient l'achat des Gripen!
Mais que M.Maurer se dépêche et soit clair avant que ce ne soit trop tard!

Écrit par : Jo-ailes | 02/04/2014

Vu également sur le net les conséquences que peuvent avoir une mise en alerte prolongée sur la disponibilité d'une petite flotte d'avions. C'est le cas de la Bulgarie, qui doit faire face à des alertes répétées avec une vingtaine d'avions. On aurait le même type de problème en Suisse avec une mise en alerte 24/24 dans l'état actuel des choses.

Là aussi, l'armée devait tirer la sonnette d'alerte bien plus vite et ne pas laisser les opposants ricaner lors de l'affaire de l'avion éthiopien.

http://www.opex360.com/2014/04/02/laviation-bulgare-multiplie-les-interventions-depuis-quelques-mois/

PS: dans mon post précédent, je voulais bien dire "...que je ne crois au fait que le constructeur de votre voiture puisse en tirer parti parce qu'il détient le code de vos clefs". Le "ne" était de trop.

Écrit par : badcox57 | 03/04/2014

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