19/04/2010

Nuage de cendres : le point sur la situation

 

 

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La situation exceptionnelle que nous impose le nuage de cendre et de particules fines du volcan Eyjafjöll sur le fonctionnement du transport aérien, demande quelques explications ainsi qu’une mise à jour de la situation.

Situation sur les vols en Europe :

Le nuage de cendres volcaniques a cloué au sol 84% des vols le weekend dernier, soit 78,4% d’annulation pour samedi contre 59,2 % vendredi. Seuils 4’000 des 25’000 vols prévus dimanche ont pu être assurés. Ces vols sont interdits dans 24 pays européens, mais se poursuivent dans les pays méridionaux et sur certaines parties de l’Espagne, le Portugal, les Balkans, l’Italie, la Grèce et la Turquie.

Ce lundi certain aéroports comme Nice et Marseille, Toulouse, Montpellier, Biarritz ont pu être momentanément réouvert au trafic, mais de manière limitée et seulement jusqu’en milieu d’après-midi.

Quels dangers pour l’aviation ?

Les centres volcaniques ont un effet abrasif sur les métaux, elles entrent dans le réacteur et déstabilise l’air dans le compresseur principal, ce qui bloque l’approvisionnement en carburant, puis dans la chambre de combustion, les hautes températures font fondre les particules qui sont ensuite refroidies au contact de la turbine et se solidifient enfin, en cristaux. Ces cristaux bouchent la sortie de la tuyère du réacteur, ce qui a pour effet de faire caler celui-ci. On parle également de vitrification. (voir schéma & photo Vol BA Boeing 747 juin 1982).

Le second risque concerne une pollution de la cabine à travers le système de conditionnement d’air. Il peut également y avoir une abrasion de la glace du cockpit et provoquer une sévère diminution de la visibilité.

 

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Mesures des risques :

Si, il existe un élément qui met tout le monde d’accord, c’est bien le manque de recul face à ce genre d’imprévu ! L’aviation à réaction n’ayant qu’à peine 50 ans et ce type d’éruption étant «heureusement» rare, peu d’information sont disponibles sur les risques de concentrations des particules.

Comme je l’écrivais dans un article dernièrement sur les vols d’essais, ceux-ci doivent permettre de connaître non seulement la position et le déplacement du nuage de particules, mais de vérifier que les zones ayant été affectées par celui-ci sont maintenant débarrassées des micro-particules pour permettre une exploitation totalement sécurisée des vols. En effet, seule la mesure du niveau de concentration de centres dans le ciel permettra de dire si le danger est réel.

Les vols d’essais mené en Suisse montrent que le nuage de cendres est plein de trous, d'après les observations, on a constaté qu’il y a des périodes qui sont critiques et d’autres où l’air est propre.

Etablissement d’une norme internationale pour l’avenir :

Il nous manque aujourd’hui des outils scientifiques pour permettre de réduire le chaos qui règnent en ce moment. En effet, si ce nuage existe bien, toutes les zones ne sont pas en même temps contaminées ni ne recèlent la même concentration de particule. Hors, il faut bien le reconnaître il est à ce jour très difficile de suivre celui-ci et d’en établir une carte 3D précise comme c’est le cas avec les orages par exemple. Gageons que l’expérience acquise ces derniers jours, servira l’avenir de l’aviation. Pour pouvoir activer et baisser le niveaux des restrictions, il nous faudra à l’avenir :

  • Disposer d’élément de mesure fiable de la concentration des particules et pouvoir en suivre l’évolution en tout temps.
  • Disposer d’une base de données permettant aux différents acteurs de l’aviation, avionneurs, motoristes, organes de contrôle de l’aviation de fixer les normes qui certifient le niveau de concentration maximale en cendres volcaniques dans lequel les appareils peuvent voler en toute sécurité.
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Photos : 1 B757 @Fabricio Jimenez 2 Schema attrition d’un réacteur. 3 réacteur après vitrification, B747 British Airways 1982 @ Cpt Eric Moody

 

Commentaires

Cela signifie-t-il, si le phénomène persiste, que nous allons revenir aux avions à hélices ?

Écrit par : Pierre Loriol | 19/04/2010

Un vif merci de nous expliquer tout cela très clairement et avec une vue sur plusieurs des plans concernés.

Écrit par : Marie-France de Meuron | 19/04/2010

Le risque lié à l'ingestion de particules abrasives (même miniscules) sur un réacteur ou un turbo-réacteur (appareil à hélice) est connu depuis que ces équipements existent. Le caractère destructeur du phénomène est principalement lié à la taille de ces particules et à leur densité.
Depuis quelques jours, on voit défiler à la télévision française des experts de tout poil, nous disant qu'il faut réaliser des mesures par échantillonnage de l'espace aérien avant d'autoriser les vols. J'en reste bouche bée d'incrédulité. En effet, quel est le réalisme d'une telle préconisation (laborieuse et, de plus, onéreuse) dès lors que l'aérologie modifie le milieu en permanence et que, par ailleurs, le volcan continue son activité polluante?.
Je crains fort que la situation reste bloquée tant que le volcan sera en activité ou tant que les vents seront à dominante Ouest vers Est ou Ouest vers Sud-Est.
Je remercie d'avance les experts de ce blog pour un éclairage pertinent.

Écrit par : Ejy | 19/04/2010

On dirait un gros plan du ventilo de mon vieux Mac G4...

je viens de lire ça:
http://secretdefense.blogs.liberation.fr/defense/2010/04/hornet.html

Avec photos des réacteurs de F18 finlandais vitrifiés...

Écrit par : jean | 21/04/2010

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